CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE
DU CONGO
P r é s i d e n c e
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FETE DE L'INDEPENDANCE
30 juin 2007
Homélie à la Cathédrale Notre-Dame du Très Saint Rosaire
Chers frères et sœurs,
1. Dans la joie et l'allégresse générale et non sans fierté, toute la communauté nationale, unie autour du Chef de l'Etat, des institutions politiques et des Corps constitués, célèbre aujourd'hui le 47e anniversaire de l'accession du Pays à la souveraineté internationale. Jour de joie, jour de fête, jour de fierté.
2. En ce jour, tous les fils et filles de ce pays, comme un seul homme, s'exclament: Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait? (Ps 116,12).
3. Ce jour est avant tout un jour de reconnaissance, de gratitude, d'action de grâce. Il s'agit de reconnaître les merveilles que, envers et contre tout, envers et contre nous-mêmes, Dieu a opérées pour notre peuple. Il s'agit aussi de reconnaître les merveilles qu'avec nous-mêmes malgré nos limites et la pauvreté des moyens, Dieu a réalisées dans ce pays. Comment les reconnaître sans un élan de gratitude et sans rendre grâce à notre Père du Ciel?
4. Aussi bien ce jour évoque-t-il les héros de notre histoire nationale: tous ceux et celles qui se sont dépensés sans compter, au risque et au sacrifice de leur vie, pour que la RDCongo ait la vie, la vie en abondance: une vie heureuse.
Mais reconnaître les merveilles et les dons de Dieu, c'est prendre conscience de nos responsabilités: accéder à la souveraineté internationale n'est pas un acte banal, un accident de l'histoire, un incident de parcours, un non événement. C'est un acte fondateur d'un peuple uni pour un projet historique: non pas un projet du passé, mais un pro-jet d'avenir.
5. Aussi le 30 juin est-il, bon gré mal gré, un jour qui a pro-jeté le peuple congolais dans la haute mer de l'histoire de l'humanité. Dieu sait si ce pays et ce peuple ont été ballottés en tout sens par les tempêtes et les cyclones de la haute mer. Mais, quoiqu'endormi, le Seigneur a toujours veillé sur nous (cf. Mc 4,40). Il nous invite à bannir la peur, à assumer nos responsabilités en toute confiance.
6. Projeté dans l'avenir, sans une adéquate préparation, le 30juin apparaît comme un jour de conquête. La souveraineté internationale et l'indépendance sont une conquête avant d'être un acquis, une conquête du futur plutôt qu'un acquis du passé. Il nous revient de protéger ce pays immensément riche contre les vautours de tous bords.
7. Les 47 ans d'indépendance nous l'ont enseigné à chaque page de notre histoire et aujourd'hui plus que jamais. Fasse le Ciel que notre histoire et notre avenir ne nous échappent pas des mains comme une silure, par suite de notre inadvertance et/ou de notre insouciance.
8. Jour de reconnaissance et d'action de grâce, jour de responsabilité historique et jour de conquête nationale, le 30 juin est un jour de liberté. Non pas une liberté pour se vautrer dans une jouissance irresponsable et rêveur ou bien pour nous livrer à l'anarchie mais pour nous engager dans l'action: une action concertée et ordonnée au bien-commun. Car la liberté est par nature une capacité à se déterminer pour être-plus et pour vivre mieux. De cette manière la liberté devient une libération de tous les handicaps et des chaînes de tout esclavage, et surtout de l'esclavage de l'esprit et du cœur. Aussi la liberté appelle-t-elle toujours un changement de mentalité, une conversion de l'esprit et du cœur. On ne peut être libre avec une mentalité d'esclave, on ne peut être libre avec une mentalité de perpétuel assisté, on ne peut être libre sans se déterminer pour les réformes et le progrès on ne peut être libre dans la paresse et l'oisiveté. La liberté appelle le travail comme accomplissement de l'homme.
9. Pour des hommes libres, le travail n'est pas une corvée ou une contrainte, mais la réponse volontaire à l'ordre du Seigneur qui a créé l'homme et l'établit dans l'Eden pour cultiver le sol et le garder (Gn 2,15). Saint Paul nous dira: Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus. Et Saint Paul de demander à tous de travailler dans le calme et de manger ce qu'ils auront eux-mêmes gagné (2 Th 3,10.12).
10. Cet engagement au travail pour rendre dûment grâce à Dieu et reconnaître la grandeur des dons de Dieu, l'Ecriture Sainte nous en donne un exemple éclatant dans la confession de foi du peuple de l'Alliance (Israël). Pour reconnaître la bonté et la générosité de Dieu, les enfants d'Israël portaient en offrande à Yahweh au sanctuaire les produits de leur exploitation judicieuse du pays que Dieu leur a donné: le pays ruisselant de lait et de miel (Dt 26,9).
11. Ce pays ruisselant de lait et de toutes les ressources minières, agricoles et forestières n'est-ce pas le Congo? Qu'allons-nous faire pour assumer nos responsabilités dans le développement intégral et solidairede notre peuple ?
12. Puisse l'Esprit Saint, Esprit de sagesse et de crainte de Dieu nous assister pour que tous, nous nous engagions à faire de ce pays un espace de bonheur, de justice et de paix, de liberté ainsi que de développement intégral et solidaire de notre peuple.
Bonne fête à tous.
+ L. MONSENGWO PASINYA
Archevêque de Kisangani
Président de la CENCO |