POUR UNE CULTURE DE PAIX
Je vous annonce une bonne nouvelle :... Aujourd'hui un Sauveur vous est né : le Christ Seigneur. Gloire à Dieu...Paix aux hommes (Lc 2,11.14)
Chers frères et sœurs,
1. Noël, c'est la Bonne Nouvelle ! Je vous annonce une bonne nouvelle , dit l'Ange aux bergers. La Bonne Nouvelle, c'est que Dieu s'est fait homme : Le Verbe s'est fait chair et il planté sa tente parmi nous (Jn 1,14). Comme le dit Saint Paul : Le Christ qui est de condition divine s'est dépouillé et a pris la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes et reconnu à son aspect comme un homme (Ph 2,6-7). Noël, c'est le Fils de Dieu qui fait aux hommes le privilège d'être pleinement un des leurs. Désormais, l'humanité saura sans erreur qui est Dieu et qui est l'homme.
2. La Bonne Nouvelle, c'est que le Sauveur est né. Celui que les nations attendaient, celui que Dieu a promis dès l'origine comme vainqueur du Serpent antique (le Diable) (cf. Gn 3,15) est né. Il vient remettre de l'ordre dans le plan de Dieu perturbé par l'homme; il vient restaurer l'ordre initial voulu par Dieu avant le péché originel. Il vient rétablir l'aujourd'hui du salut de Dieu, qui doit accompagner l'homme jusqu'à la fin des temps (cf. Mt 28,20).
3. La Bonne Nouvelle, c'est qu'avec la naissance de Jésus, le monde est sauvé, puisque c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés (Mt 1,21). L'humanité n'est plus en situation d'esclavage mais de filiation adoptive (cf. Gal 4,7).
4. La Bonne Nouvelle, c'est que ce Sauveur n'est pas n'importe quel prétentieux, charlatan ou magicien : c'est le Christ Seigneur (Luc 2, 11). C'est lui que le prophète a dépeint comme un Fils d'homme à qui fut donné au ciel souveraineté, gloire et royauté, que les gens de tous les peuples, nations et langues serviront, celui dont la souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas et la royauté est une royauté qui ne sera jamais détruite (Dn 7, 14; cf. Mt 28,18). Ce Sauveur n'est pas un philosophe ou un sage quelconque : il est celui que Thomas appellera Mon Seigneur et mon Dieu (20,28) et dont Pierre dira : A qui irions-nous, Seigneur : Tu as les paroles de la vie éternelle. Et nous croyons et nous connaissons que Tu es le Saint de Dieu (Jn 6,68-69).
5. Noël, c'est la Bonne Nouvelle. La Bonne Nouvelle, c'est l'Emmanuel né d'une Vierge (Mt 1,23). La présence sur terre de Dieu-avec-nous est une puissance de sanctification pour toutes les valeurs humaines authentiques. Rien de ce qui est vraiment et authentiquement humain, tel que voulu par Dieu, n'est étranger au Fils de Dieu fait homme. Voilà pourquoi la vie de l'homme est désormais le chemin de Dieu, un chemin vers Dieu, un chemin de sainteté, parce que Jésus est le chemin, la vérité et la vie (Jn 14,6). Seul le péché contredit la nature même du Fils de Dieu fait homme. C'est pourquoi Dieu fait homme est l'Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde (cf. Jn 1,36 ; 1 Jn 3,5).
6. Noël, c'est la Bonne Nouvelle, car Noël, c'est le rassemblement des frères ennemis , puisque sur la croix, en son corps, le Christ tuera la haine. C'est pourquoi Noël est une heureuse nouvelle et une cause de joie pour tout le peuple : pas seulement pour Marie et Joseph ou bien pour les seuls bergers dépositaires de l'annonce du ciel, mais pour tout Israël et par lui pour les peuples de la terre. Aussi n'est-ce pas sans raison que, spontanément, les nations ont fait de Noël une fête de la famille humaine : fête du foyer, fête des enfants, fête des retrouvailles familiales.
7. Noël, c'est la Bonne Nouvelle pour tout homme, car Dieu a pris le parti des pauvres, il s'est rangé du côté des pauvres, des faibles, des petits, des démunis, des laissés-pour-compte, des opprimés. Les symboles en sont Marie et Joseph, les bergers, la mangeoire... Avec la naissance du Christ Seigneur, on n'est grand et puissant que dans la mesure où l'on se fait petit et faible, où l'on se fait solidaire des pauvres et des laissés-pour-compte. Le mystère de l'Incarnation, c'est l'option préférentielle de Dieu pour les pauvres. Dieu s'est anéanti pour que l'homme soit élevé et exalté. Jésus-Christ, de riche qu'il était, s'est fait pauvre, pour nous enrichir de sa pauvreté (2 Cor 9,9).
8. Noël est une Bonne Nouvelle, car Noël est éminemment un message de paix qui vient du Ciel et qui est fondé sur l'amour que Dieu porte à l'humanité : Paix aux hommes que Dieu aime (Lc 2,14). Or l'amour de Dieu accompagne l'humanité depuis la nuit des temps et l'accompagnera jusqu'à la fin des siècles. C'est dire que le dernier mot reviendra non pas à la guerre mais à la paix, non pas à la haine mais à l'amour, non pas à la division mais à l'unité de la famille humaine.
9. Noël est une Bonne Nouvelle, car le mystère de Noël n'est pas une légende , une fable, une invention humaine. Le Sauveur, le Christ Seigneur, est né dans la ville de David (Lc 2,11). Certes, le mystère de l'Incarnation transcende le temps et l'espace, mais il est enraciné sur un fait d'histoire religieuse vérifiable : Le Christ est né à Bethléem, terre de Judas, au temps du Roi Hérode (cf. Mt 2,1.5 ; Lc 2,11). Jésus-Christ donne ainsi à la vie de l'homme, de la naissance à la mort, une valeur divine, une valeur d'éternité. Dieu a fait irruption dans la vie et le temps de l'humanité, pour que l'homme entre ainsi dans l'éternité de Dieu (cf. St Irénée). Dieu est devenu tellement humain et plus humain que l'homme, pour que l'homme devienne divin. Prodigieux échange , ainsi que le chante la liturgie dans la nuit de Noël (Prière sur les offrandes). Voilà pourquoi les anges peuvent chanter : Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et sur la terre paix aux hommes qu'il aime (Lc 2, 14).
10. Noël est en définitive la Bonne Nouvelle de la dignité incomparable de l'homme créé à l'image de Dieu et élevé par l'Incarnation du Fils de Dieu. Par l'Incarnation, en effet, le Fils de l'homme s'est en quelque sorte uni à tout homme (GS, 22).
11. Salut, joie, justice et paix, vie en plénitude pour tout le peuple, notamment pour les pauvres, les humbles et les petits, voilà donc le contenu des vœux du ciel pour la famille humaine et pour notre pays, qui tarde à saisir à pleines mains la paix que le Christ lui offre tous les jours. Le silence des armes tarde à venir, parce que la semence de la paix plantée dans nos cœurs par le Seigneur tombe dans les épines : le souci du monde, la séduction du pouvoir et des richesses (Mt 13,7.28). de même que la duplicité et le mensonge qui, tous, étouffent la paix des cœurs et des esprits.
12. En effet, du point de vue éthique et moral, la problématique de la paix ne se limite pas au surarmement, ni au silence des armes, ni à la dissuasion. La problématique de la paix est avant tout une culture qui, elle-même, dépend d'un état d'esprit général, qui conditionne les comportements et les attitudes des personnes chargées d'assurer des conditions de vie favorables à la paix. La paix existe le mieux là où règne la tranquillitas ordinis, un ordre harmonieux des choses, selon la définition d'Augustin d'Hippone.
13. A dire vrai, les attitudes et comportements de paix sont des conséquences de la paix des esprits et des cœurs : cœurs réconciliés avec eux-mêmes, avec le prochain et avec Dieu. La paix, exclut la haine (cf. Ep 2, 14-17); elle exclut la violence : la violence n'est pas chrétienne (Paul VI) (cf. Mt 5,38-39, Jn 18,15.23 ; Rm 12,14-21). La paix véritable implique la présence de Dieu dans la vie des hommes, car la paix est le fruit d'un ordre inscrit dans la société humaine par son divin Fondateur et qui doit être réalisé par les hommes qui ne cessent d'aspirer à une justice plus parfaite (GS,78).
14. Si la paix tarde à venir dans notre pays, il est impérieux que les acteurs politiques, les responsables religieux, les protagonistes de la société civile et tous les fils et filles de notre pays évaluent sans complaisance la vérité de leur foi en Dieu et l'impact de la présence du Seigneur dans leur vie. On ne peut vivre en vérité sous le regard de Dieu et imposer à tout un peuple douze années de guerre inutile, qui ont eu comme conséquence la mort de millions de personnes ainsi qu'une paupérisation structurelle de l'Etat et de la population. Un sérieux examen de conscience collectif s'impose de toute urgence, dans un souci de dialogue et de vérité, de justice et de paix, de respect de la vie humaine et de développement intégral de tous les peuples de la sous-région.
15. Telles sont, chers frères et sœurs, les interpellations que nous adresse à tous aujourd'hui la Bonne Nouvelle de Noël, interpellations auxquelles nous devons prêter la plus grande attention, pour le salut, le bonheur et l'épanouissement, la joie et la paix de notre peuple. Paix à ce peuple meurtri que Dieu aime tant et qu'il nous invite à aimer en acte et en vérité (1 Jn 3,18).
Joyeux Noël à tous(tes).
+ L. MONSENGWO PASINYA Archevêque élu de Kinshasa Administrateur diocésain de Kisangani
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