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INCULTURATION, DEFI DE SAINTETE

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INCULTURATION, DEFI DE SAINTETE

 

INCULTURATION, DEFI DE SAINTETE

 

Mon propos portera sur l'Inculturation (cfr Instrumentum Laboris, n 49-74).

 

1. L'inculturation est au cœur du message révélé. Dans sa genèse comme dans sa constitution et sa maturation progressives, le message biblique baigne dans l'inculturation. Né dans une culture donnée, le message du salut a successivement emprunté aux diverses cultures, qui ont jalonné l'histoire sainte, de quoi s'exprimer pleinement et de quoi dire sa richesse qui dépasse tout entendement.

 

2. ce faisant, la révélation intègre la culture, cependant qu'elle la dépasse et la transcende en lui donnant un sens nouveau, une portée nouvelle, des potentialités expressives nouvelles, une référence nouvelle: Jésus-Christ. La culture devient ainsi capable de révélation divine, c'est-à-dire de Jésus-Christ, tandis que celui-ci accueille le peuple avec sa culture transformée et le fait entrer de plain-pied et de manière consciente dans l'histoire du salut. L'optique de la révélation biblique dans son ensemble présente la rencontre innovatrice et créatrice de culture.

 

3. L'évangélisation implique l'inculturation. Evangéliser sans, à terme inculturer, serait, d'une part, limiter la portée de la conversion au Christ, car la culture fait partie de l'identité de l'être du néophyte. D'autre part, une telle évangélisation ferait de notre Dieu et Père, un Dieu qui fait acceptation des personnes.

 

Au demeurant, l'Eglise n'a pas fait autre chose tout au long de son histoire: elle a inculturé. Il suffit de penser à l'inculturation du culte du Sol Invictus au IVe siècle, pour exprimer le mystère de Noël et de l'Epiphanie. La relatio ante disceptationem a dès lors parfaitement raison de dire que l'inculturation, même en liturgie, est un droit et non une concession. En effet, dans l'Ecriture sainte comme dans la missiologie, dans la lex orandi, tout est inculturé. Tout doit donc être inculturé: la théologie, notamment la théologie sacramentaire, la liturgie, le droit ecclésiastique, les structures de vie ecclésiale. Les critères d'une telle inculturation sont connus, à savoir: outre l'analogie de l'Ecriture, l'analogie de la Foi et la fidélité à la Tradition Apostolique, il faut signaler, avec le Concile Vatican II, tout ce qui sert à confesser la gloire du Créateur, à mettre en lumière la grâce du sauveur et à mieux ordonner la vie chrétienne (cfr Décret Ad gentes, n 22).

 

  • 1. Il serait erroné de présenter l'inculturation en Afrique comme une quête ou une revendication pour la légitimité d'une ‘africanisation à la place d'une occidentalisation du christianisme. Le risque serait grand de voir l'africain- tout comme l'Occidental-s'ériger en référence pour la vérification et la validation de l'Evangile, d'une part, et , d'autre part, de figer l'une ou l'autre des deux approches dans le temps et dans l'espace. On perdrait ainsi toute la dynamique du dépassement culturel permanent qui caractérise le modèle biblique de l'inculturation.

 

  • 2. L'inculturation n'est pas une canonisation de la culture ni une installation dans la culture au risque de l'absolutiser. Elle est une vue d'un cheminement selon une référence nouvelle, qui est créatrice d'une culture porteuse de Bonne Nouvelle pour l'homme et sa dignité incomparable.

 

  • 3. L'Instrumentum Laboris souligne, à juste titre, à la suite du Pape Jean Paul II , l'analogie entre l'incarnation du Verbe de Dieu et l'inculturation. De même que, par l'incarnation, le Verbe de Dieu s'est fait en tout semblable aux hommes, sauf dans le péché, ainsi l'Evangile assume toutes les valeurs humaines, mais refuse de prendre corps dans les structures de péché. C'est dire que plus le péché individuel et collectif abonde dans une communauté humaine et ecclésiale, moins il y a de place pour l'inculturation. L'inculturation réussit le mieux lorsqu'elle est l'expression de la sainteté d'un peuple vraiment converti au Christ. D'où l'urgence de créer des espaces humains et des sociétés qui resplendissent des valeurs du Royaume-justice, paix, vérité et dignité humaine-et d'où soient bannies les antivaleurs entachées de péché. Autrement dit: plus une communauté chrétienne resplendit de sainteté et de valeurs évangéliques, plus elle a des chances de réussir l'inculturation du message, car la réexpression de la foi assimilée devient quasiment connaturelle. Bref, l'inculturation de la foi est un défi de sainteté.

 

  • 4. On ne cherche donc pas à inculturer pour introduire un christianisme au rabais. Bien au contraire, l'inculturation permet de vérifier le degré de sainteté, le niveau de pénétration évangélique et de foi au Christ d'une communauté chrétienne. En effet, il existe une circularité entre l'annonce de l'Evangile et l'inculturation que nous pourrions exprimer comme suit: plus la parole de Dieu est annoncée - elle est efficace (Is.55,11) -, plus elle porte des fruits de sainteté plus elle porte ces fruits dans la communauté chrétienne, mieux l'inculturation du message peut se faire plus l'inculturation se réalise, mieux est annoncée la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Par conséquent, la tâche prioritaire de l'Eglise en Afrique est de promouvoir l'éclosion des valeurs du Royaume dans la société pour qu'elle porte les valeurs de sainteté. Cela implique tout naturellement l'évangélisation du monde politique.

 

  • 5. Ainsi donc, ouvrons nos cœurs et nos esprits à l'inculturation, afin de relever le défi de sainteté à laquelle est appelée l'Eglise de Dieu qui est en Afrique.

 

Mgr Laurent Monsengwo Pasinya

Archevêque de Kisangani (Zaïre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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