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LETTRE PASTORALE AUX SŒURS THERESIENNES

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LETTRE PASTORALE AUX SŒURS THERESIENNES

 

 

LETTRE PASTORALE AUX SŒURS THERESIENNES

DE KINSHASA

«Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là à qui c'est donné»

(Mt 19,12)

«Je te bénis, Père, Seigneur du Ciel et de la terre [...] d'avoir révélé cela (=

les mystères du Royaume) aux tout-petits» (Mt 11,25)

Mes chères sœurs,

 

0.1. «A vous toutes et chacune grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ» (cf. Phil 1,2), Lui qui vous a appelées à le saisir» comme Lui vous a saisies et vous invite à considérer comme «déchets et balayures» tous les avantages humains acquis en dehors de Lui (cf. Phil 3,7.12).

 

0.2. Je saisis l'occasion de mes contacts avec les différents groupes et structures diocésains pour m'entretenir avec vous, afin de vous témoigner mon affection et ma gratitude pour tous les services que notre congrégation diocésaine rend à l'archidiocèse et à l'Eglise Catholique dans notre pays. Puisse le Seigneur vous affermir dans la foi, l'espérance et l'amour, pour que les fruits de votre témoignage se multiplient toujours davantage.

 

0.3. Votre congrégation a connu récemment, au cours du Chapitre général, une douloureuse crise, dont les effets se font encore sentir. Il ne faut ni surestimer la crise, car elle n'est pas la première que la Congrégation ait connue: celle de 1972 a probablement secoué davantage autant les sœurs que le Père fondateur de la Congrégation et tous ses collaborateurs, du fait qu'elle était la première crise de croissance et qu'elle mettait fin à une période d'euphorie légitime.

 

0.4. Il ne faut pas non plus la sous-estimer, car elle est intervenue en la 40e année de la Congrégation, alors que chacun(e) était en droit d'espérer que la Congrégation avait déjà atteint sa vitesse de croisière et qu'elle détenait en son sein suffisamment d'énergies spirituelles pour faire face à toute crise.

 


0.5. En d'autres termes, je voudrais vous inviter à ne pas perdre confiance. En effet, comme dit le pape Benoît XVI dans son encyclique sur l'espérance: «Dans le domaine de la conscience éthique et de la décision morale, il n'y a pas de possibilité...d'additionner (les progrès), pour la simple raison que la liberté de l'homme est toujours nouvelle et qu'elle doit toujours prendre à nouveau ses décisions. Elles ne sont jamais simplement déjà prises pour nous par d'autres - dans un tel cas, en effet, nous ne serions plus libres. La liberté présuppose que, dans les décisions fondamentales, tout homme, chaque génération, est un nouveau commencement» (Spe salvi, 24), un nouveau départ.

 

0.6. Les succès et les réussites, les erreurs, les crises ou les blocages surmontés dans le passé constituent, certes, une référence, un éclairage et des balises pour le présent - «Un homme averti en vaut deux», dit le sage -, mais, comme l'affirme le Saint-Père, tout cela est «une invitation à la liberté et comme possibilité à cette liberté» (ibid.). Vous devez scruter l'histoire de la Congrégation, certes, mais pour vous en inspirer, en vue de faire des bons choix, en faisant un usage responsable de votre liberté aujourd'hui.

 

0.7. Mais les bons choix impliquent une conscience dûment formée et informée, grâce à une analyse sans complaisance des faits et de leurs causes, en ayant le courage de la vérité, de la reconnaissance de ses fautes et défaillances, en osant demander et offrir le pardon pour une réconciliation loyale et sincère, car le pardon et la réconciliation sont au cœur de la vie chrétienne.

 

0.8. Tout cela suppose pour la congrégation un leadership évangélique et lucide, la sauvegarde de l'esprit du Fondateur, la sauvegarde de la spécificité du charisme de la congrégation, la nécessaire exigence d'une tension commune vers la perfection et la sainteté, la fidélité aux conseils évangéliques et, avant toutes choses, l'amour et l'écoute de l'Esprit qui parle en chacune de vous pour le bien de la Congrégation. C'est dire que la foi en ce que vous êtes doit commander vos actes et tous vos comportements.

 

1. Leadership évangélique, lucide et visionnaire

 

1.1. Dans l'Eglise le leadership n'est pas d'abord une course au pouvoir, mais un service. Le Seigneur nous en donne le principeet l'exemple. Aux deux fils de Zébédée qui lui demandaient les deux premières places à côté de lui, Jésus dit: «Parmi vous il n'en sera pas ainsi (= comme parmi les grands de ce monde): le premier parmi vous sera le dernier» (Mc 10,43-44). A la dernière Cène, il dira: «Vous m'appelez Maître et Seigneur et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres» (Jn 13,13-14). Geste d'humilité, de purification des intentions et des cœurs, geste de charité profonde et de communion (cf. Jn 13,8.15), comme l'Eglise nous l'enseigne dans la liturgie de la Cène du Seigneur le Jeudi Saint.

 

1.2. C'est pourquoi le leadership dans l'Eglise, on le reçoit, en toute humilité et simplicité de cœur on ne court pas après, au risque de faire du service un instrument de pouvoir dictatorial, éloigné de l'idéal évangélique.

 

1.3. Une élection capitulaire et toute répartition des tâches doivent emprunter la voie suivie par les Apôtres, au Cénacle, pour l'élection de Matthias: «Seigneur, toi qui connais le cœur de tous les hommes, montre-nous lequel de ces deux élus tu as choisi» (Act 1,24). Une élection aux fonctions dans l'Eglise se fait dans la prière et le jeûne, à l'exemple du Christ avant le choix et l'institution des Douze (cf. Lc 3,12-16). Toute intrigue ou manigance est déplacée et sans objet. Tout blocage est un mauvais signe. Le cas échéant, il est alors impérieux de recourir au jeûne et à la prière, en toute sincérité et sans aucune feinte.

 

1.4. Seul un tel leadership, accueilli dans un esprit de foi, d'humilité et de service sera lucide, clairvoyant et visionnaire, parce qu'il prend dès le départ la mesure des responsabilités et de l'énorme tâche à accomplirau nom du Seigneur. Bref, le leadership dans l'Eglise sert à rassembler et à créer un climat d'unité, de communion des esprits et des cœurs en vue d'un même idéal.

 

2. Esprit du Fondateur

 

2.1. Tout en tenant compte de l'évolution du temps et des nécessaires réformes, le leadership dans la congrégation ne quittera jamais l'esprit initial du Fondateur. Celui-ci restera toujours la référence obligée pour le cheminement de la Congrégation, pour son identité spécifique et pour tout ressourcement.

 

2.2. Or, en fondant la Congrégation des Sœurs Thérésiennes de Kinshasa, Son Eminence le Cardinal Joseph Albert MALULA entendait former des Sœurs qui soient des «Femmes matures et sans complexes, des Africaines authentiques et libérées, des Religieuses fidèles à l'idéal de la vie consacrée. Il voulait une congrégation dont les membres soient une synthèse harmonieuse de la féminité, de l'africanité et de la vie consacrée. En d'autres termes, il s'agit de s'efforcer de former des sœurs qui exploitent et valorisent les valeurs authentiques de l'être-femme, de l'être africaine et de l'être-religieuse.

 

2.3. Il faut, dit le Cardinal Malula, «Assurer l'épanouissement de toutes les qualités naturelles que Dieu a mises dans la femme. Cette formation doit achever de mûrir la personnalité de la jeune fille: l'intelligence, le goût de l'effort, la loyauté, l'honnêteté, le sens du service, la sensibilité du cœur. Les talents naturels peuvent être déjà un indice de vocation. Dieu nous les donne pour que nous les développions et les mettions au service de la communauté. Ils sont ennoblis chez les chrétiens par la grâce du baptême cette grâce est une vie, et comme toute vie, elle doit grandir. C'est cela qu'on appelle tendre à la perfection»[1].

 

2.4. «Leur consécration, ajoute le Cardinal Malula, les Filles de Sainte Thérèse veulent la vivre en authentiques Africaines. Sans rien perdre de leur africanité, elles veulent être à la fois authentiquement religieuses et authentiquement africaines. L'africanité, assumée et transformée par la vie du Christ, donnera un nouvel éclat à son Eglise sur la terre. Garder autant que possible le mode de vie de leurs frères africains. Se servir de leur dynamisme foncier africain pour rencontrer Dieu et continuer la rédemption:

- leur spontanéité et expansivité naturelles pour manifester la joie des ressuscités

- leur capacité de souffrir pour «achever ce qui manque à la passion du Christ»

- leur capacité d'attendre pour se mettre à l'écoute de Dieu, se disposer au silence

et à la contemplation

- leur âme hospitalière pour s'ouvrir aux dispositions évangéliques d'accueil, de

respect profond pour chaque être humain»[2].

 

2.5. «Les Filles de Sainte Thérèse, affirme encore le Cardinal Malula, sont des âmes consacrées, des religieuses. La source de leur dynamisme apostolique est dans l'enracinement de leur vie en Dieu. L'essentiel de la vie religieuse est en effet dans la consécration de l'âme à Dieu. Les Filles de Sainte Thérèse essaient, par la grâce de Dieu, de se configurer au Christ en faisant passer dans leur vie de chaque jour l'esprit des vœux: vie vouée tout entière au service du royaume»[3].

2.6. Il va sans dire que ces valeurs ne doivent pas être cultivées pour elles-mêmes, mais dans un esprit surnaturel, en référence à Jésus Christ, dans le cadre de l'accomplissement harmonieux du disciple de Jésus. A propos de la féminité, note Jean-Paul II à la suite de Paul VI: «Dans le Christianisme, plus que dans toute autre religion, la femme a dès les origines un statut spécial de dignité, dont les aspects nombreux et marquants sont attestés dans le Nouveau Testament [...]. Il y apparaît avec évidence que la femme est appelée à faire partie de la structure vivante et opérante du christianisme d'une façon si importante qu'on en a peut-être pas encore discerné toutes les virtualités»[4].

 

2.7. Il s'agit en somme de valoriser la féminité et l'africanité pour grandir dans la vocation chrétienne et surtout dans la vie de consacrée. En effet, s'arrêter à une valorisation de la féminité et de l'africanité en soi et sans leur intégration dans les conseils évangéliques pourrait même s'avérer contre-productif et inciter à vivre une vie mondaine à l'instar des autres femmes. Bref, ce que voulait le Cardinal Malula, c'est des religieuses inculturées et en même temps soucieuses de vertus chrétiennes et de perfection évangélique.

3. Spécificité et spiritualité

 

3.1. On serait incomplet si, à cet esprit du fondateur, on n'ajoutait pas la spécificité signifiée par le nom de «Thérésiennes», donné à nos sœurs diocésaines en référence à la spiritualité de la petite voie de l'enfance de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. Cette voie implique la volonté de se sanctifier en faisant avec beaucoup d'amour les petites choses de la vie quotidienne. Elle appelle aussi l'humilité et la simplicité de cœur, la transparence et la droiture propre à un enfant: car le mensonge, la duplicité, la tricherie ne sont pas le propre d'un enfant.

 

3.2. «La Règle d'or des Filles de Sainte Thérèse est l'Evangile, dit le Cardinal Malula. Elles ont découvert que toute la vie chrétienne consiste à manifester aujourd'hui en nous la vie du Christ ressuscité, à reproduire en nous ses pensées, ses sentiments, ses désirs, ses attitudes, bref, ses mystères. Toute la spiritualité des Filles de Sainte Thérèse est là, dans l'imitation du Christ vivant. Elles suivent plus particulièrement la voie de l'enfance spirituelle enseignée par le Christ, voie caractérisée par la simplicité, la confiance et l'amour. C'est pourquoi, prudentes et délicates, les Filles de Sainte Thérèse veulent manifester une simplicité aimable dans les rapports avec les hommes»[5].

 

3.3. Cette voie de l'enfance nous rappelle aussi les paroles du Seigneur qui nous demande de nous faire un cœur d'enfant, si nous voulons entrer dans le Royaume des Cieux. La Sœur Thérésienne doit avoir en horreur l'orgueil, la suffisance, l'exaltation de sa propre personne, le narcissisme. Sa vocation l'invite à rendre toute gloire à Dieu et au Christ, source de tous les dons. Elle dit chaque jouir: «Je te bénis, Père: tu révèles tes mystères aux tout-petits» (cf. Mt 11,25). C'est par cette spiritualité que la «Petite Thérèse» s'est sanctifiée et passe aujourd'hui son Ciel à faire du bien sur terre, ainsi qu'elle l'avait promis pendant sa vie terrestre.

4. Vie consacrée

 

4.1. Quels que soient l'origine, l'évolution historique et le statut canonique actuel de la vie consacrée, celle-ci repose essentiellement sur la volonté déterminée de suivre le Christ (sequela Christi) pauvre, chaste et obéissant. Cette volonté «radicale» de suivre le Christ, on la consacre par des vœux émis publiquement devant l'Eglise.

 

4.2. Le Christ a vécu pauvre, chaste et obéissant. Sa pauvreté commence le jour même de sa naissance, elle continue pendant sa vie et il meurt pauvre. Il peut à juste raison dire: «Les oiseaux du Ciel ont des nids, les renards ont des tanières, le Fils de l'Homme n'a où reposer sa tête» (Lc 9,58). Il s'est fait pauvre pour nous enrichir (2 Cor 8,9). Il s'est dépouillé de sa gloire et de sa splendeur divine, pour prendre la condition d'esclave jusqu'à une mort sur la Croix. Pour le Royaume de Dieu qu'il incarne, il s'est dépouillé. Qui, au vu du Christ,se mettrait à la chasse des biens de la terre ou encore ferait le fanfaron? Jésus a prêché la pauvreté - «Heureux les pauvres!» - Il a vécu la pauvreté. «Voilà pourquoi le temps se faisant court, ceux qui possèdent doivent vivre comme s'ils ne possédaient rien» (1 Cor 7,30).

 

4.3. Par son vœu de pauvreté, le(a) religieux(se) renonce volontairement à avoir des biens propres dont il(elle) pourrait disposer souverainement. Aussi, la pauvreté évangélique interpelle-t-elle nos religieux(ses), notamment dans la prise en charge de leurs familles. Celle-ci doit, le cas échéant, être une affaire de la communauté en tant que telle, dans la mesure des ressources de la congrégation. Il serait dangereux que les religieuses aient une sollicitude exagérée pour leurs familles. Une telle exagération s'observe lorsque le souci de nos familles nous empêche d'accomplir nos devoirs d'état. Nos familles doivent plutôt s'employer à venir généreusement en aide à notre congrégation.

 

4.4. Pauvre comme Jésus, le(a) religieux(se) le suit aussi dans sa chasteté et sa continence perpétuelle, lui qui a dit: «Il y a des eunuques qui se sont faits tels pour le Royaume de Dieu» (Mt 19,12). Il ne faut pas édulcorer cette sentence du Seigneur, comme s'il s'agissait simplement de ne pas se marier, tout en se permettant une vie sexuelle à l'instar des hommes mariés. Le terme de «eunuques» signifie la continence et la chasteté parfaite: voie difficile s'il en est et que seuls comprennent ceux qui en ont la vocation, comme le dit Jésus (Mt 19,11). La chasteté et la pureté qu'elle implique ne se limitent pas dans les manifestations extérieures (attouchements, jeux de mains, etc): elles commencent par une maîtrise de soi intérieure. Le péché est dans le cœur (cf. Mc 7,20-13). La chasteté se vit en toute sérénité, sans obsession, à travers la mortification intérieure. Pour renoncer aux choses défendues, il faut apprendre à renoncer aux choses permises.

 

4.5. La bienheureuse Anuarite, fille de notre peuple, nous donne un témoignage lumineux en cette matière. Au début du siècle dernier, en Italie, une fille de 12 ans, Marie Goretti a subi le martyre pour défendre sa virginité d'esprit et de corps. Aucun peuple ni culture de la terre n'est vacciné contre le péché de la chair: aussi faut-il beaucoup de prudence dans la gestion de la sexualité. Il faut en demander chaque jour la grâce au Seigneur, surtout dans la civilisation actuelle qui exalte tant le sexe à travers l'image, mais aussi eu égard à la tradition africaine qui tient en grande estime tant le mariage que la fécondité et la maternité. D'autant que, paradoxalement, dans la Nouvelle Alliance, Eucharistie, mariage et virginité sont les signes de l'amour virginal du Christ pour son Eglise, amour accompli sur la croix. Aussi ceux qui prennent femme doivent-ils vivre comme s'ils n'en prenaient pas» (1 Cor 7,29).

 

4.6. Quant à l'obéissance, elle est l'imitation du Verbe de Dieu qui, en venant dans le monde, dit au Père: «Tu n'as voulu ni holocauste ni sacrifice, mais tu m'as donné un corps alors j'ai dit: Me voici Seigneur pour faire ta volonté» (Heb 10,8-9). Jésus affirmera encore cette volonté en disant un jour à ses disciples: «Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père» (Jn 4,34). Faire la volonté du Père est ce dont vit Jésus. Au jardin de Gethsémani, il affirmera en pleine agonie: «Abba, tout t'est possible éloigne de moi ce calice mais que ta volonté se fasse et non pas la mienne» (Mc 14,36). Dès l'incarnation, pendant la vie cachée (cf. Lc 2,51), pendant la vie publique et pendant sa passion et sa mort, le Christ Jésus a fait de l'obéissance au Père une manière constante de vivre.

 

4.7. L'obéissance suppose beaucoup d'humilité et de simplicité, un sens élevé de l'autorité. Mais les trois vertus de pauvreté, de chasteté et d'obéissance ont un point commun: elles placent Dieu au cœur de la vie du disciple: Dieu est la seule richesse du disciple, son seul amour, sa seule volonté, qui conditionnent tout le reste. Plus encore, les trois vertus de religion font entrer le disciple au cœur du mystère pascal d'amour infini, d'abaissement total de soi, de mort à soi-même et de résurrection. C'est pourquoi on ne peut les pratiquer ni les vivre sans les yeux fixés sur la croix du Christ, d'où toutes les souffrances, les difficultés, les contrariétés et les privations trouvent leur pleine signification. Enfin, les trois vertus de religion sont des signes éloquents du Royaume présent et surtout à venir, «lorsque Dieu sera tout en tous» (1 Cor 15,28).

 

5. La vie communautaire

 

Chères Sœurs Thérésiennes,

 

5.1. J'ai voulu partager avec vous quelques réflexions et considérations sur votre état de vie, afin de vous aider à méditer sur ce qui vous unit profondément et qui peut vous aider à axer votre vie individuelle et collective sur l'essentiel de votre être et de votre vie. Mais je serais incomplet si je n'ajoutais pas que le nœud de votre vie, c'est l'amour pour le Seigneur et l'amour pour vos consoeurs: «Aimez-vous, comme moi je vous ai aimés» (Jn 13,34 15,12), dit le Seigneur. Faites en sorte que l'amour (pas la sympathie, la camaraderie ou l'amitié) soit le signe distinctif de vos communautés, car la communauté est le lieu et le milieu où se vivent vos trois vœux de religion, le milieu où se vit cet amour que le Christ nous a donné comme étant le nouveau et le seul commandement(Jn 13,34),celui qui résume tous les autres commandements (Rm 13,8-10).

 

5.2. C'est ensemble que, les yeux fixés sur le Christ, les Filles de Sainte Thérèse veulent courir vers le but que le Christ leur a fixé. Elles veulent former une communauté de foi, d'espérance et de charité. Repas, prières, révisions de vie, retraite annuelle, tout doit se faire en commun. La célébration des Laudes qui ouvre la journée, comme celle des Vêpres qui la clôture, avec l'oraison et la Messe, tout vise au ressourcement spirituel nécessaire à toute âme vouée à l'apostolat[6].

 

5.3. C'est l'amour fraternel qui fera votre unité et sans l'amour du Christ qui vous rassemble en une famille religieuse, vous vous entredéchirerez par toutes sortes de vices, notamment la jalousie, la diffamation, la calomnie, une émulation de mauvais aloi, les coups bas. Sans l'amour du Christ, vous pratiquerez peut-être de manière héroïque les trois voeux de religion, mais il y manquera l'âme et l'esprit qui en font un témoignage du Christ Ressuscité. Cet amour du Christ vous l'acquerrez grâce à une vie de prière, sous-tendue par la méditation, la contemplation des dons reçus et surtout par la communion assidue avec le Christ dans l'Eucharistie.

 

6. Ne vous faites pas d'illusion, mes sœurs, il n'y a pas d'amour sans pardon il n'y a pas de pardon sans réconciliation et sans réconciliation, vos communautés ne connaîtront pas de paix profonde et durable: «L'amour comprend tout il excuse tout,...» (1 Co 13,7).

 

6.1. Avec mon affectueuse bénédiction, tout en vous recommandant de lire l'Exhortation postsynodale Vita consecrata et l'exhortation des évêques de la CENCO, je prie instamment le Seigneur de l'Espérance de vous combler de paix et de joie dans la foi (qui vous a conduit dans la vie consacrée), pour que de jour en jour votre espérance croisse par la puissance de l'Esprit (Rom 15,13).

 

Quoi qu'il arrive, mes Sœurs, ne manquez jamais de générosité, car le Seigneur ne se laisse jamais vaincre en générosité.

Quoi qu'il arrive, le Seigneur sera toujours de votre côté. Tachez d'être aussi toujours de son côté.

 

Fait à Kinshasa, le 31 mai 2008, en la fête de la Visitation de Marie

 

 

 

 

 

+ L. MONSENGWO PASINYA

Archevêque de Kinshasa

 

 

 



[1]Œuvres complètes du Cardinal Malula, rassemblées par Léon de SAINT MOULIN, s.j., Volume 5, n° 5, Kinshasa, 1997, p. 64.

[2]Idem, p. 65.

[3] Ibidem, p. 63.

[4]Mulieris dignitatem, n. 1.

[5]Op. cit., p. 63.

[6]Op. cit., n° 7, p. 64.

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