CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE
DU CONGO
P r é s i d e n c e
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MEMO A SON EXCELLENCE M. JOSEPH KABILA KABANGE,
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
Monsieur le Président de la République,
1. Avant toutes choses, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) tient à vous remercier ainsi que le Gouvernement et toute l'Administration concernée pour l'importante contribution que l'Etat a apportée dans l'organisation et la pleine réussite des funérailles de feu Son Eminence le Cardinal Frédéric Etsou Nzabi Bamunguabi. A cet illustre pasteur de l'Eglise toute la population congolaise et les hommes de bonne volonté ont rendu un hommage unanime et public, qui fut tout à l'honneur de notre pays. Votre implication personnelle à cet hommage, Monsieur le Président de la République, est, à n'en pas douter, le signe de votre désir de voir l'Etat et l'Eglise travailler de concert pour le bien-être de notre peuple.
2. Le présent mémorandum s'inscrit dans ce cadre et dans ce désir que la CENCO partage entièrement. Les événements survenus dans la Ville de Kinshasa les 22 et 23 mars 2007, notamment les affrontements à l'arme de guerre entre, d'une part, les FARDC et, d'autre part, les soldats affectés à la garde du Sénateur Jean-Pierre Bemba Gombo suscitent dans nos cœurs de pasteurs de la consternation et de l'émoi, car nous estimons que ce problème aurait pu trouver une solution pacifique, en privilégiant les voies du dialogue et de l'apaisement. Nous inclinons à le croire d'autant que l'Etat, fort heureusement, était engagé dans un processus de dialogue et de réconciliation avec le Général Laurent Nkundabatuare et ses hommes dans le Nord-Kivu, ainsi que dans l'Ituri avec le Commandant Karim et au Sud-Ouest avec l'Angola, en vue d'une solution pacifique des problèmes posés. Un tel dialogue aurait eu pour le moins l'avantage et le mérite d'éviter de semer la désolation et le deuil dans le pays notamment dans quelques centaines de familles éprouvées.
3. Naturellement, face à la gravité des conséquences des affrontements de la semaine dernière pour la paix sociale, la concorde, la cohésion et la réconciliation nationale, la CENCO condamne tout recours démesuré à la force et demande aux autorités constituées ainsi qu'à la classe politique de privilégier la force du droit plutôt que le droit de la force. Par ailleurs, la CENCO souhaite vivement que soient privilégiées toutes les voies qui promeuvent les efforts de dialogue et de réconciliation nationale entre acteurs politiques et autres groupes humains. En ce qui la concerne, la CENCO s'engage à soutenir, à travers sa mission spécifique, toute initiative de paix et d'apaisement dans la justice et la vérité.
4. Depuis juin 2006, la CENCO n'a cessé de demander à la classe politique de se concerter sur le sort et le statut des trois armées autonomes et non brassées, qui relevaient de l'autorité directe du Chef de l'Etat et des deux Vice-présidents (Jean-Pierre Bemba et Azarias Ruberwa). En outre, depuis deux ans, elle a insisté sur l'urgence d'une armée républicaine intégrée avant les élections, de manière à rendre l'armée nationale plus à même de remplir sa mission. Pour n'avoir pas été sensible à ces appels de la CENCO, le pays assiste depuis août 2006 à des affrontements armés récurrents entre deux de ces armées autonomes. A la suite des récents événements, nous venons une fois de plus, Monsieur le Président de la République, insister pour que soient accélérées la formation et l'intégration d'une véritable armée républicaine une et indivise. Il est impérieux que soient organisés les Etats généraux de l'armée nationale réclamés depuis quinze ans.
5. A ce propos, il nous semble indigne et peu conforme à la culture africaine de faire des cimetières un lieu de cache d'armes et d'affrontements entre des fractions ennemies. Cette violation des cimetières devrait impérativement cesser: le respect de nos morts l'exige.
6. Le problème des frontières entre le Congo et l'Angola dans le territoire de Kahemba intéresse au plus haut point la CENCO, du fait que le territoire de Kahemba fait partie d'un diocèse de l'Eglise Catholique au Congo, à savoir le diocèse de Kikwit. C'est dire que la solution du problème lancinant de la frontière entre l'Angola et la RDCongo aura un impact direct sur le diocèse de Kikwit dont la création, comme Mission indépendante du Kwango, remonte à 1892, par division du Vicariat Apostolique du Congo Belge qui date du 11 mai 1888. Nous estimons que la solution de ce problème ne peut pas être des plus difficiles, eu égard aux données en présence au temps colonial et depuis l'indépendance de notre pays. En tout cas, pour la CENCO, l'intégrité territoriale et la souveraineté nationale ne sont pas négociables.
7. Nous osons à nouveau demander au Chef de l'Etat son implication personnelle dans la question de la rétrocession de l'ancienne Université Lovanium et de la Chaîne de Télévision TELESTAR. A l'état actuel des pourparlers, ces dossiers nous semblent suffisamment avancés pour qu'une décision pertinente soit prise, qui permette de commencer l'année académique au mois d'octobre 2007.
8. Dans le cadre de la volonté commune de l'Etat et de l'Eglise de se mettre efficacement au service de notre peuple, les Evêques membres de la CENCO seraient reconnaissants à l'Etat d'exempter des frais d'eau et d'électricité les institutions d'utilité publique appartenant à l'Eglise, notamment les hôpitaux de référence, les centres de santé et les écoles conventionnées catholiques ainsi que ceux des autres confessions religieuses..
9. A l'occasion du Centenaire de la Convention entre l'Etat et l'Eglise (1906-2006), les Evêques estiment que le moment est venu d'envisager un nouveau cadre de concertation avec l'Etat et de signer avec lui de nouveaux accords qui permettent à l'Eglise de continuer à apporter davantage et de manière plus efficace sa contribution au développement intégral de notre pays.
10. La CENCO se réjouit des efforts déployés par les gouvernements africains de concert avec la communauté internationale en vue de promouvoir la dignité de la femme et accroître ses chances de développement intégral. La CENCO recommande instamment que dans ces recherches soient sauvegardées les valeurs authentiques de la culture africaine. Dans cet ordre d'idées, tout en approuvant, dans l'ensemble, les bonnes initiatives préconisées par le Protocole dit de Maputo, la CENCO exprime les plus grandes réserves à ce sujet et stigmatise certaines clauses de l'article 14 qui, fort subtilement, ouvrent la voie à la légalisation de l'avortement. La femme est mère: la mère est source de vie et non de mort d'enfants innocents (cf. 1 R 3,25-27). Nous attirons l'attention des institutions compétences de notre pays sur la gravité morale des questions posées, afin qu'elles en tiennent compte avant toute ratification de ce Protocole.
11. Nous ne pouvons conclure ce mémorandum sans vous féliciter une fois de plus, Monsieur le Président de la République, pour votre élection à la Magistrature suprême. Nous mesurons l'immensité des défis et du travail gigantesque qui attendent les Institutions de la IIIe République. Tout naturellement, le premier défi est celui des règles du jeu démocratique avec la séparation des trois pouvoirs, le statut institutionnel de l'Opposition politique, l'autonomie réelle de la Société civile, le respect des libertés fondamentales notamment la liberté religieuse et la liberté d'expression, la sauvegarde de la dignité humaine et des droits inaliénables de la personne.
Nous prions pour que le Très Haut inspire les pensées et les actions de nos gouvernants pour le plus grand bien de notre pays et de son peuple.
En formant ces vœux, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'assurance de ma haute considération.
Fait à Kinshasa, le 27 mars 2007
+ L. MONSENGWO PASINYA
Archevêque de Kisangani
Président de la CENCO
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