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MEMORANDUM A L’OCCASION DE LA VISITE EN RDCONGO DE S.E. MONSIEUR KOFI ANNAN

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MEMORANDUM A L’OCCASION DE LA VISITE EN RDCONGO DE S.E. MONSIEUR KOFI ANNAN

CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE

DU CONGO

P r é s i d e n c e

B.P. 3258 - Kinshasa/Gombe

Tél. 00243 998248699

Fax : 00243 1220008

E-mail : conf.episc.rdc@ic.cd

 

 

 

 

MEMORANDUM A L'OCCASION DE LA VISITE EN RDCONGO

DE S.E. MONSIEUR KOFI ANNAN,

SECRETAIRE GENERAL DE L'ORGANISATION DES NATIONS UNIES

21-23 mars 2006

 

 

 

Excellence, Monsieur le Secrétaire Général de l'ONU,

 

  1. Pour la deuxième fois en cinq ans, vous avez eu l'amabilité de venir en visite en RDCongo et à Kisangani, cette ville qui, mieux que toute autre, symbolise les souffrances gratuites endurées par le peuple congolais depuis quatre décennies. Comment ne pas apprécier une telle démarche d'humanité, de compassion et de proximité? Aussi vous souhaitons-nous de tout cœur une chaleureuse bienvenue dans notre pays et dans notre ville.

 

  1. Lors de votre dernière visite, le 3 septembre 2001, Kisangani sortait d'un cauchemar, notre pays se remettait péniblement d'une guerre qui l'avait laissé exsangue au plan politique et économique, et la communauté internationale, dans un élan de générosité et de solidarité, était au chevet de notre peuple.

 

 

  1. En dépit des espoirs suscités par les phases successives du dialogue intercongolais, Kisangani connaîtra en mai 2003 et Bukavu en juin 2004 une répression sanglante doublée d'une cruauté extrême, qui coûtera la vie à des milliers de filles et fils innocents de notre pays. Ces expéditions punitives et d'autres actions militaires creuseront encore davantage le fossé existant déjà entre le peuple congolais et ceux des Etats voisins, en exacerbant notamment les sentiments de haine, de rancune et de vengeance. Nous serions incomplets, si nous ne mentionnions pas les conflits armés récurrents en Ituri. En ce qui les concerne, les confessions religieuses s'emploient sans relâche à promouvoir entre nos peuples des démarches de pardon et de réconciliation.

 

  1. Aujourd'hui, grâce aux résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité, aux efforts de paix et aux initiatives diplomatiques de la communauté nationale et internationale, nous n'en sommes plus là: la RDCongo est en principe politiquement, militairement et administrativement unifiée globalement la guerre a pris fin, le processus démocratique est en voie d'aboutissement et l'espoir renaît dans les cœurs. Aussi, pour tout ce que l'ONU a opéré dans notre pays, nous voulons vous exprimer nos félicitations et notre profonde gratitude. Nous vous remercions aussi pour l'attention particulière que vous ne cessez d'accorder à la pauvreté et à la misère des peuples les plus vulnérables dans le monde nous vous savons gré pour votre sensibilité à l'endroit des marginaux et des exclus de la société, pour les efforts personnels que vous déployez en vue de l'avènement d'un monde où règnent l'équité et la justice, les équilibres politiques, la solidarité et le partage. Le Sommet du millénaire et ses objectifs en sont une illustration éloquente.

 

 

  1. Monsieur le Secrétaire Général, nous vous sommes reconnaissants pour votre engagement sans faille pour la cause de la paix dans le monde, engagement pour lequel vous avez reçu le Prix Nobel de la Paix en 2003 et le Prix Pax Christi International 2004. Digne de mention est également la médiation que vous avez exercée en Indonésie, au Timor Oriental ainsi qu'en Irak en ce qui concerne l'acceptation des Inspecteurs des Nations Unies pour l'Agence internationale de l'énergie atomique (A.I.E.A).

 

  1. Nous vous savons gré pour votre implication inlassable dans la recherche de solution aux crises politiques de nombre de pays africains: le Soudan, la République Centrafricaine, le Libéria, la Sierra Leone et les pays des Grands Lacs: la RDCongo, le Burundi et le Rwanda. Ici le Sommet de Dar-es-Salaam occupe une place de choix.

 

  1. En outre, ces efforts de l'ONU en Afrique se sont étendus dans le domaine de la santé avec le Sommet de Durban, axé sur la lutte contre le VIH/Sida. Cette implication du Conseil de Sécurité, institution hautement politique, dans le domaine social est digne d'éloge.

 

  1. Il sied de souligner vos efforts incessants dans la défense de la justice et des droits de l'homme dans le monde, cause pour laquelle vous avez incité les Etats à intégrer dans leurs programmes nationaux les droits de l'homme dans tous leurs aspects: politique, social, économique et culturel.

 

  1. Monsieur le Secrétaire Général, nous connaissons votre volonté de réaliser la réforme de l'ONU, cette institution nécessaire pour le gouvernement concerté du monde, pour la rendre plus actuelle, plus représentative et plus efficace. Nous formons le vœu ardent que les années à venir rendent cette réforme effective pour une paix durable dans le monde.

 


Recommandations

 

 

  1. Nous ne pouvons terminer ce mémorandum sans vous exprimer certaines préoccupations de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) :

 

  • S'il est impérieux que chaque personne réponde de ses actes devant la justice, et que dès lors la création de la Cour Pénale Internationale (CPI) s'avère une avancée significative dans la dispensation de la justice dans le monde, il serait dommage sinon injuste qu'une cour de justice de compétence égale ne soit pas érigée pour examiner les mêmes crimes commis dans notre pays avant la création de la CPI. Aussi un Tribunal Pénal International pour la RDCongo serait-il opportun et souhaitable.

 

  • Face aux destructions massives causées à l'Etat et au peuple congolais par les guerres d'invasion de notre pays, il devrait être créé un fonds spécial international pour la reconstruction de la RDCongo, sans préjudice des dédommagements requis, le cas échéant, par les instances judiciaires internationales.

 

  • Ainsi que nous vous l'avons écrit précédemment et conformément aux engagements du Sommet de Dar-es-Salaam: Il nous semble nécessaire que tous les Etats de la sous-région (Afrique Centrale et Afrique des Grands Lacs) s'engagent solennellement par un acte de non-agression, assorti de sanctions politiques et économiques de la part de la Communauté internationale, à l'endroit des contrevenants (cf. Mémorandum au Secrétaire Général de l'ONU, 14 février 2004, n 1).

 

  • A propos de la ville de Kisangani, les victimes de guerre, les familles et les confessions religieuses, notamment l'Archidiocèse de Kisangani, devraient être indemnisées, conformément aux rapports pertinents qui ont été envoyés au Secrétariat Général de l'ONU.

 

  • Il est à noter que des tests de toxicologie effectués sur plusieurs personnes révèlent une intoxication à l'acide barbiturique et/ou arsénique à un taux inquiétant. A priori il n'est pas exclu que cette intoxication soit l'effet d'un environnement pollué par plusieurs facteurs, dont les diverses campagnes militaires et les armes utilisées. Il est donc souhaitable qu'une équipe de laborantins outillés soit mise en place, pour approfondir les études et, le cas échéant, assainir le milieu.

 

  • Dans le cadre de l'éradication de la pauvreté, il s'avère impérieux que la RDCongo puisse bénéficier des faveurs accordées aux pays pauvres très endettés (PPTE), en vue d'une relance économique rapide de ce pays victime d'une guerre par procuration.

 

  • L'Afrique et le monde entier ont besoin des ressources humaines et naturelles de la RDCongo pour le développement intégral et solidaire de l'humanité. Une crise et un désordre prolongés en RDCongo peuvent devenir à terme un danger pour la paix mondiale, la santé de l'humanité (cf. uranium) et la stabilité de la sous-région.

 

  • Finalement, il est hautement souhaitable que les Nations Unies aident le Congo à mettre sur pied une véritable armée républicaine intégrée, capable d'assurer la sécurité des personnes et des biens faute de quoi la Région des Grands Lacs et l'Afrique centrale ne connaîtront jamais de paix durable.

 

Nous vous souhaitons une fois de plus une cordiale bienvenue parmi nous et vous prions d'agréer, Excellence Monsieur le Secrétaire Général de l'ONU, l'expression de notre haute considération.

 

 

 

 

+ L. MONSENGWO PASINYA

Archevêque de Kisangani

Président de la CENCO

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