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MESSAGE DE LA CENCO AUX OBSEQUES DE CARD. ETSOU

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MESSAGE DE LA CENCO AUX OBSEQUES DE CARD. ETSOU

CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE

DU CONGO

P r é s i d e n c e

B.P. 3258 - Kinshasa/Gombe

Tél. 00243 998248699

Fax : 00243 1220008

E-mail : conf.episc.rdc@ic.cd

 

 

MESSE DES FUNERAILLES

DE

SON EMINENCE LE CARDINAL FREDERIC ETSOU

KINSHASA, 14-01-2007

 

Message de la CENCO

 

 

Chers frères et sœurs,

 

 

1. Kinshasa est tout en pleurs et inconsolable, car depuis huit jours, son bien-aimé pasteur, le Cardinal Frédéric ETSOU NZABI BAMUNGWABI, ce vaillant homme de Dieu n'est plus de ce monde: il est parti pour la maison du Père. Kinshasa est en deuil, la CENCO aussi et avec eux toute l'Eglise catholique en RDCongo sinon toute la communauté nationale, car tous les fils et filles de ce pays partagent la douleur et le deuil du peuple de Dieu qui est à Kinshasa tous nous sommes frappés par ce deuil.

 

2. A nos frères et sœurs de Kinshasa, aux chers évêques auxiliaires, aux prêtres, religieux et religieuses, à la famille de l'illustre défunt et à tout le peuple de Dieu, nous adressons nos sincères condoléances et les vœux que dans la prière nous formons, pour que le grain de blé tombé en terre, grâce à l'action pastorale du Cardinal Etsou, produise beaucoup de fruits de salut et de sainteté pour notre Eglise (cf. Mt 13,8). Au Très Révérend Père Général des Missionnaires de Scheut et à son Conseil Général, au Père Provincial et à tous les confrères de la RDCongo et en particulier ceux de Kinshasa de même qu'à tous les membres de la Congrégation nous exprimons nos condoléances les plus attristées et fraternelles ainsi que notre profonde gratitude pour toute l'œuvre accomplie par S.Em.le Cardinal Frédéric ETSOU dans notre Eglise particulière.

 

3. La solennité de l'Epiphanie 2007 fut le jour choisi par Dieu, le Père plein d'amour, Père des miséricordes et Dieu de toute consolation (2 Cor 1,3), pour rappeler à lui son serviteur fidèle et avisé qu'il avait établi sur les gens de sa maison (Mt 24,45): notre bien-aimé Cardinal Etsou. En ce jour, où l'Eglise universelle célèbre la fête de l'admirable lumière qui a guidé les mages vers le Christ, Lumière des nations (Liturgie), notre Cardinal a fermé ses yeux à la lumière de ce monde, pour les ouvrir à la lumière éternelle. Quelle belle fin de vie pour un cheminement chrétien authentique, caractérisé par la suite du Christ (sequela Christi) à travers la pratique des conseils évangéliques! Comment ne pas chanter le Magnificat avec le Cardinal et bénir Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui a comblé ‘son serviteur' de toutes sortes de bénédictions de l'Esprit en Christ (Eph 1,3).

 

4. Notre Cardinal est ainsi passé de la Croix à la Lumière: per Crucem ad Lucem, car tout au long de sa maladie, les yeux fixés sur celui qui est à l'origine de notre foi et qui la mène à son accomplissement (Heb 12,2), notre cher défunt associait ses souffrances à celles du Christ, passant ainsi par une purification intérieure, pleine de mérites pour lui-même et pour le salut de notre peuple. Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons, si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons, dit l'Ecriture (2 Tm 2,13).

 

5. Et pourtant, en dépit de ces souffrances atroces et récurrentes, le Cardinal Etsou a continué sans désemparer son ministère de Pasteur: il est resté jusqu'au bout le pasteur inébranlable de son peuple: Comme le Christ, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin (Jn 13,1). En effet, il trouvait encore, six jours avant sa mort, le temps d'écrire une lettre pastorale à ses ouailles. Admirable exemple de charité pastorale et du sens profond de la souffrance dans la vie d'un évêque. N'est-ce pas ce sens de la souffrance en union avec le Christ qui l'a amené à édifier un calvaire au-dessus de la montée de Mangengenge, afin d'enseigner aux fidèles que le salut de l'humanité se trouve dans la Croix du Christ (cf. Ga 6,14), et nulle part ailleurs (cf. Act 4,12).

 

6. Le Cardinal Etsou était un pasteur infatigable: Que de fois ne l'a-t-on pas vu, quand le bien des fidèles l'exigeait, sillonner la ville de Kinshasa, pour y célébrer parfois trois messes en un jour ou bien pour participer à diverses rencontres et liturgies avec l'un ou l'autre mouvement catholique. Quelle joie pour un évêque, en effet, que les célébrations liturgiques avec le peuple de Dieu!

 

7. Comme homme, le Cardinal Etsou frappait de prime abord par sa bonté, sa douceur, son humilité et sa simplicité. Doué d'un cœur sensible et par suite de sa formation en sciences sociales, il était attentif aux besoins matériels et spirituels de son peuple il ne pouvait supporter de le voir dans la misère ou bien fatigué et accablé comme des brebis sans pasteur (Mc 6,34). Aussi, à l'exemple du Seigneur, tenait-il le cas échéant à nourrir les fidèles à la double table du pain et de la parole de vie.

 

8. Une telle attention aux besoins du peuple de Dieu rendait tout naturellement le Cardinal Etsou sensible aux problèmes des vocations. Car la moisson est grande et les ouvriers peu nombreux (Mt 9,37), dit le Seigneur. Aussi la pastorale vocationnelle a-t-elle toujours constitué l'une des priorités du prêtre et de l'évêque Frédéric Etsou. Il voulait, en effet, donner au peuple de Dieu des prêtres, des religieux et des religieusesvoire des missionnaires en suffisance, afin de faire face aux besoins spirituels énormes des fidèles de Kinshasa.

 

9. Dans le même ordre d'idées, il tenait concomitamment à l'organisation efficace de la pastorale familiale car, pour lui, de la santé morale de la famille dépendait celle des enfants et par ricochet celle des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse. Des familles saines naît un Etat sain. L'éducation des enfants étant prise en main surtout par les mamans, on comprend que le Cardinal se soit beaucoup investi pour que le mouvement des mamans catholiques soit à la hauteur de sa mission dans l'Eglise et dans la société. Sa passion pour la pastorale familiale en fera un membre du Conseil pontifical pour la famille.

 

10. Le Cardinal Etsou fut un pasteur au courage prophétique: sans peur du qu'en dira-t-on, il proclamait la Parole, insistant à temps et à contre-temps, dénonçant et exhortant toujours avec patience et souci d'enseigner (cf. 2 Tm 4,2). Il portait avec joie la lumière du Christ à toutes les couches de la population et à tous les milieux de vie. Il prêchait un évangile ouvert au monde pour le salut des hommes et femmes de bonne volonté. Comme Saint Paul, le Cardinal Etsou pourrait dire: Annoncer l'Evangile n'est pas pour moi un motif d'orgueil, c'est une nécessité qui s'impose à moi. Malheur à moi si je n'annonce pas l'Evangile (1 Cor 9,16).

 

11. Dans sa proclamation prophétique de l'Evangile, le Cardinal Etsou accordait une place particulière à la véritécomme adéquation de la pensée avec la réalité, conformité de la parole à la pensée, conformité de la parole à la vie. Ce témoignage à la vérité, le Cardinal le rendra jusqu'aux dernières semaines de sa vie sur terre, non sans s'attirer les foudres et des vives réactions de certains milieux. Tel est du reste le sort généralement réservé aux vrais prophètes. En effet, le prophète n'a pas d'autres armes que la parole de Dieu. Celle-ci est vivante... elle pénètre au plus profond de l'âme... elle juge des intentions et des pensées du cœur... Pas une créature n'échappe à ses yeux. Tout est nu devant elle, dominé par ce regard (Heb 4,12-16). Elle dérange les consciences droites.

 

12. Et pourtant, sa proclamation de la vérité s'est toujours accompagnée d'une grande charité et d'une impartialité manifeste, d'un grand sens de discernement et d'une sagesse éprouvée, toutes qualités dont le Cardinal Etsou a fait montre notamment lors des moments de contrariété pendant ses 29 ans d'épiscopat.

 

13. Missionnaire, le Cardinal Etsou l'était non seulement de son état canonique, mais aussi de tout son être. Le feu de la mission l'habitait: aller annoncer le Christ par toute la terre, tel était pour lui sa raison d'être et sa joie la plus profonde. Cette force intérieure se manifestait particulièrement lorsqu'il entonnait et animait le chant Salela ye! Service de Dieu et du prochain par vocation proclamation de l'évangile dans le monde entier. Voilà résumées deux dimensions essentielles de sa spiritualité.

 

14. On se souviendra longtemps du Cardinal Etsou comme d'un homme qui avait le cœur sur la main: jadis curé de la paroisse saint Pierre, il avait fait de celle-ci un lieu de passage et d'accueil des prêtres. C'est là au demeurant que le Cardinal MALULA d'heureuse mémoire trouvera un abri à son retour d'exil à Rome (1972). Et récemment encore, le Cardinal Etsou a ouvert sa résidence épiscopale à deux évêques émérites, faisant ainsi preuve d'un sens élevé d'hospitalité africaine et chrétienne. La multiplication à bon escient de tels gestes fournirait à notre Eglise particulière des modèles africains de pratique de la pauvreté évangélique. La solidarité et le partage, forme concrète de cette vertu évangélique, est l'une des options de la CENCO pour le 2e siècle de l'évangélisation de notre pays.

 

15. Le Cardinal Etsou se faisait généralement un point d'honneur d'actualiser dans son diocèse les grandes options pastorales de la CENCO, notamment l'option fondamentale de l'inculturation. Ce souci d'inculturation des valeurs évangéliques dans la doctrine, la liturgie et la vie était aussi l'une de ses préoccupations car à l'école de son feu prédécesseur, le Cardinal Joseph Malula, Père de l'Eglise de Kinshasa (Cardinal Etsou), il avait participé aux premières expérimentations de ce qui deviendra le Rite zaïrois de la messe ou le Missel romain pour les diocèses du Zaïre (RDCongo) Dans ce même esprit, le Cardinal Etsou s'est beaucoup investi dans les efforts d'inculturation du charisme de la vie consacrée.

 

16. Or tout travail d'inculturation est un défi de sainteté (Ecclesia in Africa, n 68), défi d'une double fidélité: fidélité aux valeurs authentiques africaines et fidélité indéfectible à l'Evangile de Jésus-Christ. Cette fidélité au Christ, le Cardinal Etsou nous en donne la preuve par le témoignage de sa vie: 51 ans de vie religieuse, 49 ans de sacerdoce et 29 ans d'épiscopat une vie toute donnée au Christ et à ses frères et sœurs, vie susceptible de servir de modèle pour la jeunesse congolaise et pour les différents états de vie de nos fidèles. N'est-ce pas cette fidélité qui commandait le zèle pastoral du Cardinal Etsou auprès des familles?

 

17. Sa force d'âme, son zèle sacerdotal et son tonus spirituel, le Cardinal Etsou les trouvait dans sa solide dévotion à la Vierge Marie. Il avait pour Marie, la Mère du Christ, un attachement vraiment filial, qui est allé sans cesse croissant tout au long de sa vie. Il parlait souvent de son coma diabétique (13-15 août 1998), dont il attribuait la guérison à la Vierge Marie. Aussi lui a-t-elle dédié le Sanctuaire Marie, Reine de la Paix.

 

18. Parler de la fidélité au Christ, c'est évoquer le drame de la séparation et de la division des disciples de Jésus-Christ, qui a prié pour que tous soient un (Jn 17,21).

 

19. A ce sujet, le Cardinal Etsou a milité pour une pratique loyale de l'œcuménisme et du dialogue interreligieux. On doit à son initiative le groupe dit des Chefs des Confessions religieuses, dont les interventions pertinentes ont permis de rendre des services appréciables à notre peuple pendant la transition politique et le processus électoral.

 

20. Comment parler de la transition politique sans rappeler avec profonde gratitude le rôle déterminant joué par le Cardinal Etsou au dialogue intercongolais à Sun City et à Pretoria? Notre peuple lui restera profondément reconnaissant pour cette quête de la démocratie et ce souci des valeurs de dignité humaine, de justice et de paix, de pardon et de réconciliation, de promotion et de développement intégral de notre pays, dont le Cardinal Etsou s'est fait le héraut. La démocratie mise en marche par les élections présidentielle et législatives, le Cardinal pouvait dire comme le vieillard Siméon: Maintenant, Maître, tu peux laisser ton serviteur partir en paix selon ta parole, car mes yeux ont vu le salut que tu as préparé pour ton peuple (cf. Lc 2,29-31).

 

21. Enfin, la page d'Evangile du Cardinal Etsou serait incomplète, si l'on ne mentionnait pas son souci de la bonne éducation et de la formation des enfants et des jeunes, son amour pour les orphelins, son attention aux malades et aux plus démunis, son assistance aux veuves et aux personnes du 3e âge, sa sollicitude paternelle pour les enfants de la rue et les enfants dans la rue. Cette sollicitude pour les veuves décidées à ne plus se remarier le poussera à instituer à Kinshasa le groupe des Oblates Apostoliques de Notre-Dame de Lourdes.

 

22. Quant à la CENCO, elle est particulièrement reconnaissante au Cardinal Etsou pour tous les services qu'il y a rendus pendant 30 ans comme vice-président de la Conférence épiscopale (1979-1984), comme président (2000-2004) et comme membre de droit du Comité permanent des évêques (1991-2007) et de l'Assemblée plénière (1976-2007). Dieu seul pourrait nous dire la valeur inestimable de ses interventions et de son action au sein de l'Episcopat. Méritoire à tous égards a été notamment son voyage à Goma et Beni-Butembo pour aller y chercher Son Excellence Mgr Kataliko, vice-président de la CENCO, à un moment où la conjoncture politique avait divisé le pays en deux. L'Episcopat, il le voulait à tout prix uni et en communion de cœur et d'esprit suivant sa propre devise épiscopale cor unum et anima una. Dans sa dernière lettre aux évêques datée du 30 novembre 2006, regrettant d'être retenu à Bruxelles, il souhaitait que l'assemblée plénière soit un moment de grande communion fraternelle, de solidarité profonde avec notre peuple, et une opportunité pour nous exprimer dans la cohésion et l'unité, avec sens de responsabilité, afin que ‘vienne le règne de Dieu' dans nos différents diocèses et dans notre pays. Chacun sait combien le Cardinal Etsou était jaloux de l'intégrité territoriale et de la souveraineté nationale de notre pays. Nous serons tous dignes de lui en sauvegardant cet héritage national.

 

23. Au moment où il nous faut fermer les yeux pour revoir le visage de notre cher Cardinal, nous croyons pouvoir mettre sur ses lèvres les paroles de Saint Paul à Timothée, son fils bien-aimé:Pour moi, voici que je suis déjà offert en libation et le temps de mon départ est arrivé. J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. Dès maintenant m'est réservée la couronne de justice qu'en retour me donnera le Seigneur [...], lui le juste juge et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront aimé sa manifestation (2 Tm 4,6-8).

 

Chère Eminence,

 

24. Tes frères, les évêques membres de la CENCO, la communauté diocésaine de Kinshasa et tout le peuple de Dieu qui est en RDCongo te remercient infiniment pour toute l'œuvre accomplie au service de l'Evangile de Dieu et de notre peuple. Ils te remettent à Dieu et à sa parole de grâce, qui a la puissance de bâtir l'édifice et d'assurer l'héritage à tous les sanctifiés (Act 20,32). Pardonne-nous toute offense que l'un ou l'autre membre de notre Eglise et de notre peuple t'aurait faite. Nous aussi, nous te pardonnons de tout coeur. Tu peux t'en aller dans la paix et la joie du Seigneur. Désormais, chacune de nos célébrations eucharistiques sera un moment privilégié de profonde communion avec toi dans la mort et la résurrection du Christ. Veille sur Kinshasa et veille sur la CENCO, sur l'Eglise qui est en RDCongo, veille sur notre Nation. Quant à nous, nous te promettons et prenons l'engagement de sauvegarder l'unité de l'Episcopat, l'unité de l'Eglise Catholique et l'unité de la Nation, ce dans un travail concerté et audacieux (Benoît XVI aux Evêques de la RDCongo - Défis pastoraux au seuil du XXIe siècle, (p. 103).

 

Tata Cardinal, okende malamu mpe opema na boboto, o bileko binso seko. Amen.

 

 

 

 

 

+ L. MONSENGWO PASINYA

Archevêque de Kisangani

Président de la CENCO

 

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