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MESSE CHRISMALE 2006

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MESSE CHRISMALE 2006

 

 

ARCHIDIOCESE DE KISANGANI

L'Archevêque

 

 

 

MESSE CHRISMALE 2006

 

Homélie

 

Fais que nous soyons pour le monde

les témoins d'un évangile de salut

( Prière d'ouverture)

 

Chers frères prêtres,

 

  1. La liturgie de la messe chrismale nous offre à méditer des lectures tirées de l'une et l'autre Alliance ( Is 61, 1ss Ap 1, 5-8 Lc 4, 16-21 ), qui nous enseignent que le peuple de Dieu est une race élue, une nation sainte, une communauté sacerdotale, un peuple royal.

 

  1. Au milieu de ce peuple élu, nous dit le livre d'Isaïe, se tient un personnage incontournable: le Messie, l'élu de Dieu, le prophète consacré par l'onction et sur lequel repose l'Esprit de Dieu, qui l'envoie en mission auprès des pauvres de Yahweh, pour guérir les cœurs blessés, annoncer aux prisonniers la délivrance et (à tous) une année de grâce de la part de Dieu. Les pleurs et la pénitence, le deuil et le désespoir seront remplacés par la consolation, le diadème, l'huile de joie et les habits de fête, signe de l'espoir retrouvé.

 

  1. Cette mission prophétique, le Seigneur Jésus se l'approprie dans la Synagogue de Nazareth, dans le discours-programme de sa mission. Il se dit rempli de l'Esprit du Seigneur, consacré par l'onction pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, envoyé pour annoncer aux prisonniers la liberté et aux aveugles le retour à la vue, pour renvoyer en liberté les opprimés, proclamer que la mission de Jésus sera une avalanche des grâces de Dieu pour son peuple ( Lc 4, 18-19 ).

 

  1. Jésus apparaît ainsi comme le Messie, le prophète et le guide incontestable de cette descendance bénie par le Seigneur, annoncé par le prophète ( Is 61, 9 ). Il est l'unique prêtre et l'unique médiateur de l'Alliance nouvelle entre Dieu et les hommes ( He 9, 15 ). Il a bien voulu nous associer à sa mission et à son oeuvre, pour qu'enson nom, nous soyons pour le monde le témoins d'un évangile de salut (Collecte).

 

  1. En effet, à voir de près cette mission de Jésus, on n'aurait pas tort, dans la conjoncture actuelle de notre pays, d'y percevoir un programme pastoral pour les prêtres de notre Eglise, ceux qui sont appelés en ce pays de pleurs quotidiens, de tristesse, de deuil à répétition et à large échelle, en ce pays où le désespoir gagne les cœurs, tant les lueurs d'espoir s'amenuisent, ceux qui sont appelés, disons-nous, à un ministère de consolation, d'espérance, et de témoins d'un évangile de salut.

 

  1. Mais, comment témoigner d'une bonne nouvelle de salut, lorsque les nouvelles sont des exactions récurrentes, les viols et les vols, les guerres, la corruption et la perversion morale? Sans doute la bonne nouvelle est-elle d'abord de faire prendre conscience qu'il n'y a pas de bonne nouvelle, parce que nos comportements et notre conduite ont tourné le dos à l'évangile, à la vraie Bonne Nouvelle de Jésus Christ. N'avons-nous pas nous-mêmes opté pour une vie et une culture de mauvaises nouvelles, de deuil, de pleurs et de désespoir? Où allons-nous avec un pays qui tourne en rond comme le nôtre?

 

  1. Chers frères prêtres, dans cette situation, notre rôle de pasteurs et de guides du peuple de Dieu nous interpelle et nous invite à nous poser la question des critères de moralité de notre communauté chrétienne. En paroles et en actes, enseignons-nous vraiment à nos fidèles que le mal est le mal et le bien, le bien? Avons-nous dans la catéchèse et les homélies, l'habitude de montrer au peuple de Dieu, comme le fit Moïse, qu'observer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, c'est opter pour la vie, et que violer la loi de Dieu, c'est opter pour lamort: la mort pour soi, la mort pour la communauté ecclésiale, la mort pour la communauté nationale?

 

  1. Ces critères de moralité que nous avons appris pendant nos années de formation, c'est à nous d'abord, les guides du peuple, qu'il revient de les discerner et de les appliquer dans notre vie, pour l'édification du peuple de Dieu. Il y va de l'intériorisation du sens du péché dans notre propre vie, au regard de la perfection à laquelle notre onction sacerdotale nous appelle: imitamini quod tractatis ( Pontifical ). Toute confusion entre le bien et le mal ne peut qu'être tragique pour nous-mêmes et pour les fidèles. Tel est le premier témoignage que nous donnerons d'un Evangile de salut pour le monde.

 

  1. Enseigner aux fidèles les critères de moralité, c'est leur apprendre à discerner le bien du mal c'est ouvrir leurs yeux à la lumière, les guérir de la cécité et de l'aveuglement que cause l'obscurité du péché. Ainsi, ils seront libres et libérés de l'esclavage du péché ( cf. Jn 8, 34 ), capables de faire un usage responsable de leur liberté, en optant en connaissance de cause pour le bien. Je suis la lumière du monde, dit le Seigneur, celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres ( Jn 8, 12).

 

  1. Ce témoignage d'un évangile de salut, nous le donnerons aussi en suivant les consignes du Saint-Père pour le Carême, lui qui nous invite à faire nôtres les sentiments de Jésus Christ, lorsqu'il vit la foule...qu'il eut pitié d'eux,...se mit à leur enseigner beaucoup de choses,...et leur donna à manger (cf. Mc 6, 34...44). Notre Dieu est un Dieu multiplicateur quotidien des pains. Etre témoin d'un évangile de salut, c'est aussi pour le prêtre et la communauté chrétienne se faire multiplicateur de pains pour prendre en charge les pauvres de notre communauté. Donnez-leur vous-mêmes à manger ( Mc 6, 37), dit Jésus. Une telle responsabilité exige que nous évitions de nous accoutumer à la misère et à la pauvreté de notre peuple, tout en cherchant les voies et moyens de l'aider à seprendre en charge. Cela est plus exigeant que faire l'aumône, même s'il faut faire l'un et l'autre.

 

  1. Ne pas nous accoutumer à la misère du peuple, c'est surtout aider le peuple comme un seul homme, à rester vigilant et à ne pas se faire exploiter, cela grâce à la connaissance et la revendication pacifique et légitime de ses droits. Aussi, devons-nous, en tant que guides du peuple, éviter toute insouciance et irresponsabilité face à l'actuelle situation socio-économique du pays. Aussi condamnons-nous les contrats léonins relatifs à une coupe en règle deconcessions minières et forestières dans notre pays. Il faudrait qu'on rende compte de ces pains multipliés à l'infini. En effet, il est temps que s'arrêtent dans notre pays les pleurs, les deuils, le désespoir, l'exploitation du petit peuple sous toutes ses formes. L'Eglise et ses pasteurs doivent plus que jamais devenir les témoins du salut intégral que Dieu donne à son peuple. Ils le deviendront grâce à la qualité de la charité de notre communauté diocésaine dans laquelle les communautés sacerdotales et religieuses doivent jouer un rôle moteur.

 

  1. A dire vrai, ce salut de Dieu ne viendra pas sans l'implication et l'engagement du peuple de Dieu lui-même. Il faut dès lors, outre la formation à la conscience civique et électorale, que les pasteurs trouvent ensemble les moyens de donner la main aux fidèles pour les accompagner généreusement dans la réalisation de leur bonheur.

 

Chers frères prêtres,

 

  1. Puisse cette messe chrismale être le lieu d'une communion, d'une conjugaison des forces entre le clergé et le laïcat, afin que les uns et les autres, sans confusion de rôle, collaborent intensément à la réalisation de la mission de Jésus Christ en étant pour le monde des témoins authentiques d'un évangile de salut de Dieu.

 

 

+L. MONSENGWO PASINYA

Archevêque de Kisangani

Kisangani, le 12.04.2006

 

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