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SOCIETE PLURALISTE ET VALEURS DU ROYAUME

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SOCIETE PLURALISTE ET VALEURS DU ROYAUME

SOCIETE PLURALISTE ET VALEURS DU ROYAUME*

 

Le sens d'une action conjuguée du Parti Populaire Européen et

des Partis Populaires Africains

 

De tout temps, ainsi que l'atteste déjà l'Epître à Diognète (cf. VI, 4), les disciples du Christ ont toujours posé la question de leur relation à la société des hommes. Il ne pouvait en être autrement, dès lors que le Seigneur Jésus a dit, d'une part: Je ne suis plus dans le monde eux sont dans le monde(Jn 17,11)et, d'autre part, Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde (Jn 11,16).

 

Si cette question a été à une certaine époque assez simple à cerner du fait de l'unité culturelle des différents peuples, tel n'est plus le cas aujourd'hui où le pluralisme culturel n'est aucunement une anomalie dans une même nation ou dans une même société. En effet, les sources d'inspiration religieuses, éthiques, philosophiques, idéologiques et politiques ne sont plus toujours les mêmes pour tous les citoyens d'un pays.

 

Force nous est par conséquent de poser la question de savoir comment le chrétien peut tenir aux valeurs du Royaume dans une société démocratique, qui en principe est pluraliste et évolue sur un tout autre registre: celui de la volonté du peuple et de son pouvoir, celui de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, celui de la laïcité de l'Etat ou encore du pouvoir de la majorité, que celle-ci soit une majorité monocolore ou de coalition? Et que dire dans le cas où le groupe des disciples du Christ est minoritaire dans une société donnée?

 

Tout cela implique d'autres questions connexes telles que: l'intégration des valeurs évangéliques dans une société toujours plus sécularisée la sécularité de l'Eglise - elle est dans le monde (cf. Jn 17,11) - et son témoignage à la manière d'un ferment (cf. 13,33) la liberté religieuse, l'autonomie légitime des réalités terrestres (cf. GS 36 41)[1]. Bref, où se situe le point de jonction de la sécularité de l'Eglise et de la laïcité de l'Etat?

 

Nous allons nous efforcer de répondre à ces questions, en articulant notre propos en quatre points:

  1. La quête politique du démocrate chrétien
  2. Les valeurs du Royaume
  3. Le démocrate chrétien dans une société pluraliste
  4. Les démocrates chrétiens d'Europe et d'Afrique en dialogue.

 

1. La quête politique du démocrate chrétien

 

1.1. La quête politique d'un démocrate chrétien est avant tout celle d'un démocrate; c'est-à-dire une personne dont le credo politique confesse le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. La démocratie suppose d'abord qu'il y a un pouvoir, un gouvernement. En cela la démocratie s'oppose à l'anarchie. Elle suppose donc une loi fondamentale et un ensemble de lois que tout le monde respecte et devant lesquelles tous sont égaux. La démocratie ne peut s'accommoder de violations continuelles et impunies de la Constitution et des lois du pays, car c'est précisément le respect de ces lois qui fait l'Etat de droit. Celui-ci, en effet, implique la subordination de l'Etat, comme de tout moyen de l'Etat et de toute décision d'un responsable politique, à quelque chose de supérieur à la volonté immédiate, à savoir: tout d'abord la loi, en particulier la loi constitutionnelle, ensuite les droits de l'homme, et enfin le droit naturel, enraciné au-delà même de l'homme (cf. Jean-Paul II, Centesimus Annus, n 44).

 

1.2. La démocratie dit pouvoir du peuple. C'est celui-ci qui en est le détenteur et qui le donne à ses mandataires. Le pouvoir qui ne vient pas du peuple n'est pas de la démocratie.

 

1.3. Mais il ne suffit pas d'avoir reçu le pouvoir du peuple, encore faut-il gérer ce pouvoir avec et suivant le peuple. Détenteur du pouvoir, le peuple exerce celui-ci, c'est-à-dire se gouverne par ceux qu'il a députés et commis à cette mission. Il appartient en effet au détenteur du pouvoir de l'exercer, par lui-même ou par délégation. La démocratie dit participation.

 

1.4. Il ne serait pas encore démocrate celui qui, ayant reçu le pouvoir du peuple, l'exerce par délégation, mais sans égard pour le bien du peuple. La démocratie, c'est le pouvoir pour le peuple, car le pouvoir du peuple ne peut s'exercer contre les intérêts de celui-ci, sinon il serait sans objet.

 

1.5. Bref, la démocratie implique un minimum d'éléments constitutifs, sans lesquels elle n'existe pas: la participation du peuple au choix libre de ses gouvernants, le contrôle direct ou indirect des gouvernants, le contrepoids réciproque des trois pouvoirs et leur nette séparation, le respect et la garantie des droits et des libertés fondamentales de la personne. Ces éléments ne peuvent correctement fonctionner que là où existe un pluralisme politique; faute de quoi les mécanismes de contrôle et de sanction éventuelle des dirigeants ne peuvent être efficaces (cf. L. Monsengwo Pasinya, Le sens chrétien de la démocratie, in RTA, 18 (1994), p. 23)[2].

 

1.6. De ce qui précède, il faut conclure que la démocratie est aux antipodes de la tyrannie, de la dictature et de toute autocratie, du totalitarisme comme de l'oligarchie, des coups d'Etat et de tout ce qui ressemble à l'arbitraire. En effet, si l'Etat a des droits, les droits du pouvoir ont pour limite les droits même de l'homme, les droits fondamentaux des citoyens (Jean Paul II, Redemptor hominis, n 17, Doc. Cath. 76, n1761, 1979, pp. 301-321). La quête politique du démocrate chrétien est celle d'un démocrate. Mais elle ne s'arrête pas là. Elle tourne le regard vers les signes et les valeurs du Royaume de Dieu.

 


2. Les valeurs du Royaume

 

2.1. L'Eglise, dit le Concile Vatican II, en raison de sa mission et de sa compétence ne se confond nullement avec la communauté politique elle n'est pas liée non plus à un système politique donné. Elle est le signe et le garant de la transcendance de la personne humaine (GS 76). Et pourtant l'enseignement social de l'Eglise ne cache pas sa préférence pour le système démocratique (cf. GS 75, 1), au point que, dans son radiomessage de Noël 1944, Pie XII va jusqu'à affirmer: La forme démocratique de gouvernement apparaît...comme un postulat naturel imposé par la raison elle-même (AAS 37, 1945, p. 13)[3].

 

2.2. Cette préférence de l'Eglise pour le système démocratique repose sur certaines vérités qui nous viennent de la révélation biblique, notamment que l'homme a été créé à l'image de Dieu (Gen 1,27), c'est-à-dire doué d'intelligence et de volonté, appelé à vivre en communauté: aussi Dieu le créa-t-il homme et femme, êtres égaux et de même nature, responsables de la pérennité de l'humanité dans le temps et dans l'espace (cf. Gen 1,27-28). Dieu a établi l'homme maître de la création. A peine le fis-tu moindre qu'un Dieu, dit le psalmiste, tu le couronnes de gloire et de splendeur, pour qu'il domine sur l'œuvre de tes mains tout fut mis par toi sous ses pieds (Ps 8,6-7).

 

2.3. Appelé à vivre en société et doué de raison, l'homme ne peut bâtir qu'une communauté ordonnée suivant la droite raison, et non pas une communauté grégaire, régie par la loi de la jungle, à l'instar des bêtes. Par ailleurs, ce caractère sociable de l'homme, d'une part, et l'égalité foncière des êtres humains, d'autre part, conduisent forcément les membres d'une communauté donnée à définir ensemble les règles du jeu suivant lesquelles ils souhaitent voir gouverner leur communauté. C'est le travail fort délicat de la définition d'un projet de société, dont les fondements et les contours deviennent d'autant plus difficiles et complexes que la société des hommes fait toujours davantage le constat de son pluralisme culturel et religieux.

 

Comment le démocrate chrétien peut-il s'intégrer dans cette tâche de portée nationale sinon mondiale?

 

2.4. C'est ici qu'interviennent les valeurs du Royaume. Le chrétien, en effet, croit que Jésus-Christ est venu instaurer le Royaume de Dieu, la grande famille des enfants de Dieu dispersés (Jn 11,52): un royaume de frères, sans discrimination de races, ni de tribus un royaume déjà présent, mais qui ne sera parfait qu'à la consommation des siècles un royaume dont l'Eglise est le signe, mais qui ne lui est pas coextensif un royaume qui est un espace où, par la puissance de l'Esprit Saint, le salut de Dieu à l'humanité est réalisé chaque jour par Jésus-Christ un royaume dont les caractéristiques sont notamment l'amour, la dignité de l'homme et son développement intégral, l'attention aux pauvres et aux déshérités, la justice et la paix, la fraternité et le service, la solidarité et le partage, la vie et la vérité.

 

2.5. Outre les valeurs de démocratie, la quête politique du chrétien s'efforce donc de promouvoir en paroles et en actes les valeurs du Royaume dans la société des hommes, parce que le chrétien croit que ces valeurs sont des valeurs humaines authentiques. L'action politique du chrétien vise, autant que faire se peut, à l'instauration d'un système politique et d'une forme de gouvernement respectueux de l'homme et de sa dignité. Car pour le chrétien, si l'homme a reçu une dignité incomparable, c'est du fait de l'Incarnation de Jésus-Christ. Cette dignité inaliénable et inviolable appartient à l'homme comme individu et comme groupe. L'humanité tout entière est en droit de défendre cette dignité partout où elle est bafouée. D'où la légitimité du droit à l'ingérence humanitaire. Le respect de la dignité humaine implique un projet et une action politique qui garantissent à chaque être humain les conditions de vie nécessaires pour que sa vie soit réellement humaine, c'est-à-dire digne d'un homme et pas d'un simple animal.

 

2.6. A la dignité de l'homme appartient comme un corollaire la liberté qui est l'un des attributs par lequel l'homme ressemble le plus à son Créateur. C'est pourquoi la défense des libertés fondamentales de la personne doit faire partie de tout programme gouvernemental et de tout projet de société d'un démocrate chrétien.

 

3. Démocrate chrétien dans une société pluraliste

 

3.1. On le voit: toute la quête politique du chrétien est fondée sur la vision qu'il a de l'homme, de son être, de sa vie, de son agir, de la finalité de son existence terrestre, comme individu et comme membre d'une communauté donnée. Elle est fondée aussi sur la relation que le chrétien établit entre le pouvoir politique et l'homme comme sujet ou comme objet de l'action politique. Pour le chrétien, en effet, une action politique, qui n'aurait pas pour finalité d'être au service de l'homme et de son développement intégral, s'écarte de son objet.

 

3.2. Cette vision chrétienne de l'homme et de sa relation à la politique découle de la foi chrétienne. Elle est donc spécifique au chrétien. Elle pourrait de ce fait induire celui-ci à se replier sur lui-même et à travailler en vase clos, avec la tentation de ne s'appuyer que sur les partis et les hommes politiques d'obédience chrétienne. C'est là un écueil et un danger qu'il faut éviter. Le démocrate chrétien aurait tort de ne pas examiner favorablement les voies et moyens d'une action concertée avec d'autres groupes politiques ayant des sensibilités qui prennent en compte les valeurs du Royaume.

 

3.3. D'abord, parce qu'il partage fondamentalement avec d'autres un ensemble de valeurs de société susceptibles de promouvoir l'homme, sa dignité et son milieu, p.ex. les libertés fondamentales, l'emploi, la nécessité de l'éducation, de la santé publique, etc.

 

3.4. Ensuite, parce que, même en politique, le chrétien est envoyé témoigner des valeurs évangéliques, notamment en partageant avec les autres les richesses de sa vision de l'homme.

 

3.5. A cela s'ajoute le fait que dans cette mission et cet apostolat qu'est la politique, le démocrate chrétien doit se mettre à l'écoute de l'Esprit Saint, qui souffle où il veut (Jn 3,8) et dont l'action dans le monde n'est pas coextensive au périmètre ecclésial, si périmètre il y a.

 

3.6. Enfin, en dépit de la sécularisation sans cesse croissante, il ne fait pas de doute que les sociétés occidentales et, à travers elles, le monde contemporain reposent sur un ensemble de valeurs universellement reconnues comme étant le socle d'une société vraiment digne de l'homme, valeurs pour la plupart présentes dans la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et contenues dans la Déclaration universelle des droits de l'homme. Dans ces valeurs de société et dans celles de son héritage et de sa foi propres, le démocrate chrétien peut abondamment trouver des points d'ancrage d'une action concertée avec d'autres hommes et femmes de bonne volonté, en vue d'édifier une véritable société-famille, suivant le mot du Synode spécial des Evêques pour l'Afrique.

4. Démocrates chrétiens en dialogue

 

4.1. Si le démocrate chrétien doit s'employer à joindre ses efforts à ceux des hommes de bonne volonté qui partagent avec lui, fût-ce partiellement, les mêmes valeurs de société, a fortiori doit-il chercher à travailler avec ses frères et sœurs dispersés dans le monde, qui ont pour idéal politique de bâtir une société qui intègre les valeurs du Royaume.

 

D'autant plus que pour le chrétien la politique est un témoignage d'Evangile, car la politique est l'activité qui marque le plus la vie des hommes. Ce témoignage du chrétien politique a pour but d'évangéliser la culture, c'est-à-dire de porter la Bonne Nouvelle du Christ et les valeurs qu'elle prône au cœur même du milieu de vie et de travail des hommes de notre temps.

 

4.2. Cette collaboration intense entre les démocrates chrétiens s'avère de plus en plus nécessaire par suite de la mondialisation, qui fait que, d'une part, plus personne ne contrôle entièrement les problèmes posés à l'humanité et que, d'autre part, les défis posés aux nations, aux peuples et aux groupements humains doivent être affrontés et trouver leurs solutions dans de grands ensembles. Il en va de même du combat pour l'implantation et l'intégration des valeurs du Royaume dans les sociétés démocratiques: il doit être mené à une échelle très large tant au niveau du débat d'idées qu'au plan de l'action sur le terrain. Non pas qu'il faille aller en croisade, il s'agit plutôt de montrer le bien-fondé des valeurs du Royaume pour la promotion humaine. Cette collaboration à grande échelle est aussi nécessaire du fait que chaque continent et chaque nation vivent le phénomène de la mondialisation avec des accents particuliers et propres à leur situation.

 

4.3. C'est dans ce cadre qu'il faut saluer, encourager et soutenir l'initiative des Colloques WINDOEK, qui entendent favoriser une collaboration plus intense et plus efficace entre le Parti Populaire Européen (PPE) et les Partis Populaires Africains (PPA). Cette conjugaison des forces est absolument indispensable, parce que la démocratie fait ou refait ses premiers pas en Afrique. Les régimes démocratiques africains sont dès lors fragiles et en proie à des tâtonnements, avec tous les risques d'un dérapage. D'autant que les artisans et acteurs des régimes autocratiques antérieurs essaient de se convertir à la démocratie. La démocratie africaine a par conséquent besoin d'aide et d'assistance. Elle a besoin de dialoguer et de marcher avec les autres, avec tous ceux qui combattent pour la démocratie, à la lumière de l'Evangile.

 

4.4. A notre avis la collaboration dont question ci-dessus doit être envisagée en termes de dialogue, c'est-à-dire d'échange de valeurs intellectuelles, morales et éthiques, spirituelles et religieuses, matérielles aussi, pourquoi pas! Bref, un échange de valeurs culturelles, le célèbre rendez-vous du donner et du recevoir (L.S. Senghor).

 

4.5. Le Parti Populaire Européen apportera à ce rendez-vous les bénéfices d'une tradition, avec le recul de l'histoire: une tradition qui a fait ses preuves, et donc peut faire école, surtout si elle s'est débarrassée des erreurs du passé. Les démocrates chrétiens africains, dans la fraîcheur de leurs débuts et libérés qu'ils sont pour l'instant du carcan des structures avec leurs pesanteurs, peuvent plus facilement innover: dans le style, la problématique et l'approche des problèmes de même que dans la méthodologie.

 

4.6. Le PPE apprendra à son frère Africain la valeur du temps, de la ponctualité et de l'efficacité dans la poursuite des objectifs fixés. Par moments, l'Africain attirera l'attention de l'Européen sur l'humanité du temps et sa relativité, car la chaleur africaine (dans tous les sens du terme) dilate non seulement les métaux mais aussi le temps. Le temps est pour l'homme, et non pas l'homme pour le temps. C'est précisément pour cela que, d'une part, la ponctualité est nécessaire, car elle signifie respect de l'homme et de sa dignité et que, d'autre part, on n'a jamais assez de temps pour l'homme. Or le temps ne vaut l'éternité que dans la mesure où il est au service de l'homme: de tout homme et de tout l'homme. Nous voilà de plain-pied dans des valeurs du Royaume: le temps l'éternité...

 

4.7. Le PPE enseignera à l'Africain comment garantir le respect de l'homme et de sa dignité dans un Etat de droit et comment gérer l'Etat de manière saine, en promouvant les valeurs du travail et du travail bien fait. Il lui montrera aussi comment conquérir et garder le pouvoir en démocratie. Car dans une Afrique profondément marquée par les valeurs religieuses, il n'est que normal que le démocrate chrétien cherche à gouverner, pour conduire le peuple à l'accomplissement de ses aspirations les plus profondes.

 

L'Africain, pour sa part, soulignera les valeurs familiales et les valeurs de vie: les enfants, le couple, la femme comme mère, la famille comme lieu d'épanouissement personnel, la solidarité comme élément de stabilité humaine et sociale.

 

4.8. Les démocrates chrétiens d'Europe et d'Afrique failliraient à leur mission, s'ils ne plaçaient la dimension morale et éthique au centre de leurs principes de gouvernement et de gestion de l'Etat. L'expérience et l'histoire montrent que l'homme revient toujours, dans son agir, à ce qui le distingue de la bête: la rationalité et la moralité. Sans doute est-ce cette dimension éthique et morale que le monde contemporain attend le plus des démocrates chrétiens comme contribution à l'édification d'une société démocratique.

 

4.9. Dans le même ordre d'idées, Européens et Africains démocrates chrétiens doivent éviter de subirl'histoire: il faut qu'ils en soient les artisans, qu'ils assument un certain leadership. A ce propos, il faut qu'ils posent les jalons éthiques d'un nouvel ordre économique mondial, plus soucieux de la dignité humaine, de développement solidaire et des dimensions sociales de l'économie de marché.

 

CONCLUSION

 

En conclusion, nous pouvons affirmer que les Colloques WINDHOEK doivent viser deux démarches: l'une concernant la démocratie en tant que telle, l'autre ayant trait à la présence des valeurs évangéliques dans des sociétés de plus en plus pluralistes.

 

1. Pour ce qui est de la démocratie, le PPE et les PPA doivent examiner les voies et moyens de consolider les démocraties naissantes en Afrique, en décourageant toutes velléités de retour à des régimes dictatoriaux, anachroniques et décadents en cette aube du 21e siècle. A cet effet, la voie la meilleure consiste à s'appuyer sur les projets de société que les peuples africains eux-mêmes se sont librement donnés, notamment dans les grandes palabres que furent les Conférences nationales souveraines. Celles-ci furent effectivement des moments d'exorcismes collectifs, et des événements fondateurs, où les peuples africains, comme un seul homme, dirent non à la médiocrité, pour clamer leur volonté de changement, en vue d'un système politique plus respectueux de l'homme et de sa dignité.

 

Pour ce raffermissement des démocraties naissantes, le PPE et les PPA doivent se donner la main avec d'autres forces politiques qui, d'un côté comme de l'autre, combattent pour la démocratie: le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple.

 

  • 2. En ce qui concerne la deuxième démarche, les PPE et les PPA sont appelés à s'investir pour que les valeurs du Royaume, valeurs authentiquement humaines, soient de plus en plus présentes et intégrées dans les projets de société et les programmes de gouvernement que les peuples et leurs leaders se donnent. Pour cela, le chrétien mettra un accent particulier sur les valeurs évangéliques communément admises comme faisant partie des valeurs d'une société donnée. Ces valeurs font déjà partie des différentes chartes constitutives des partis démocrates chrétiens d'Europe et d'Afrique. Il suffit d'en assurer la mise en pratique. Une attention particulière sera accordée aux valeurs d'amour et de fraternité, de solidarité et de souci des pauvres, d'égalité et de justice, de paix et de développement intégral. Ces valeurs seront promues non seulement au sein des nations et des Etats, mais aussi dans les relations internationales, en visant à corriger les déviations et les déséquilibres que le phénomène de la mondialisation et de globalisation pourrait entraîner dans les relations humaines. L'homme doit plus que jamais être situé au cœur de l'action politique et économique. C'est en agissant à la manière d'un ferment que le démocrate chrétien assurera l'intégration des valeurs évangéliques dans celles de société.

 

C'est à cette tâche fort exaltante que notre colloque entend consacrer ses réflexions. Fasse le Ciel que nos échanges puissent apporter une petite pierre à l'édification de sociétés démocratiques en Afrique, des sociétés-familles, où il fasse bon vivre, des sociétés sans marginaux, des sociétés marquées par la réconciliation interne, la solidarité et le partage.

 

Puissent les générations futures dire un jour non plus: ubi homines, ibi miseriae, mais ubi homines, ibi felicitas... non plus Homo homini lupus, mais Homo homini frater...

 

 

+ L. MONSENGWO PASINYA

Archevêque de Kisangani

12.09.1996

 

 

 



* Exposé fait au Deuxième Colloque de Windhoek, tenu à Bruxelles, du 12 au 14 septembre 1996, au siège de l'Internationale Démocrate Chrétienne. Le texte a été publié dans Zaïre-Afrique, 308, 1996, pp. 387-395.

[1] G.S.: Constitution pastorale du Concile Vatican II Gaudium et Spes sur L'Eglise dans le monde de ce temps (1965)

[2] RTA: Revue de Théologie Africaine, publiée par la Faculté de Théologie des Facultés Catholiques de Kinshasa.

[3] AAS, Acta Apostolicae Sedis (Actes du Saint-Siège), Vatican, Rome.

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